En 2000, John Fawcett signe
Ginger Snaps premier du nom et joue habilement avec les codes du genre lycanthrope à travers le parcours mouvementé de deux sœurs pour signer une métaphore horrifique sur les angoisses adolescentes (détestation du corps, de soi, des autres). Trois ans plus tard, Brett Sullivan propose la suite en privilégiant l’une des deux sœurs. Un an passe : faute de pouvoir rebondir sur le second volet, une prequel hallucinée est proposée où les ancêtres des deux sœurs (de nouveau réunies, à une autre époque) permettent de revenir aux sources du mal. A défaut d’être sortis au cinéma, les films de cette trilogie méconnue en France sont désormais disponibles en zone 2.
Situé quelque part entre le
teenage movie et le film de loups-garous,
Ginger Snaps est un phénomène qui visiblement peine à être assimilé tant sa propension à secouer les codes de genre bien précis (ceux susmentionnés) a de quoi intriguer. Le premier du nom est né de l’envie du réalisateur John Fawcett de réaliser un film d’horreur essentiellement adressé aux adolescentes avec un souci psychologique chez les personnages et un refus de chercher le frisson à tout prix. L’idée de traiter de lycanthropie lui est venue naturellement même si en repensant aux films ayant déjà exploité le thème, il s’est rendu compte qu’ils ne répondaient pas concrètement à la nature de leur sujet. Le loup-garou constituait alors l’opportunité de revenir sur un mythe, de le placer dans un contexte moderne et traiter sans chercher à paraître inédit de la métamorphose, sujet itératif dans le fantastique que ce soit en littérature ou au cinéma depuis toujours. Comme le veut la coutume, un personnage subit une modification intérieure et inconnue qui contribue à le contaminer jusque dans son apparence physique. Au préalable, il y a eu de multiples modifications au sujet du personnage principal : avant d’être un loup-garou, Ginger était dans la première version du scénario une biologiste qui se transformait en arbre. Celui qui s’est le plus approché de ce postulat de base est finalement Lucky McKee en réalisant le sketch
Sick Girl pour la première saison des
Masters of Horror.
L’influence principale est venue de
La Mouche, de David Cronenberg. Au même titre que
Sick Girl,
Ginger Snaps peut être vu comme son pendant féminin, toutes proportions gardées. Toqué de Cronenberg, Fawcett se souvient d’avoir été marqué dans ce remake de
La mouche noire par la lente mutation du personnage au cours du récit et de l’absence de gratuité. Il a essayé d’appliquer ce principe en essayant par ailleurs de se démarquer du tout-venant en brossant les portraits de deux sœurs qui apprennent à faire corps avec leur marginalité et en passant en revue tout ce qui justifie l’appellation d’âge ingrât (refus du conformisme, menstruations, changement du corps, apparition des poils). La réussite de ce mélange curieux fut telle que les producteurs ont eu l’idée d’explorer l’itinéraire tordu des deux sœurs dans des suites qui ne se contentent pas de reprendre les idées du premier volet pour les décliner sans en voir la fin (le troisième est d’ailleurs un
prequel en forme de conclusion définitive).