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Gore Trash & Fantastik : Etat Des Lieux 2008 [page 10]

Par - publié le 21 mars 2008 à 12h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 13h46 - 0 commentaire(s)
INTERVIEW STUART GORDON
Est-ce qu’à l’époque de Dagon, vous sentiez déjà que le cinéma fantastique commençait à bouger en Espagne?
J’ai eu la chance d’être impliqué dans ce projet initié par Filmax et la «Fantastic Factory». Au moment de lancer le projet, la bande de Filmax était très excitée. Je sentais en eux l’envie de créer un phénomène. Ils m’avaient précisé qu’ils voulaient faire dans le cinéma espagnol ce que la Hammer avait fait pour le cinéma anglais. J’ai été mis en contact avec eux grâce à Brian Yuzna qui avait produit Re-Animator et connaissait bien mon travail. A l’origine, Dagon devait être le film que je devais réaliser après Re-Animator mais il n’aurait pas pu se faire sans Brian ni Filmax. Ca arrive souvent qu’un projet qui reste longtemps dans un coin trouve comme ça l’opportunité de voir le jour. Dagon a mis 17 ans à naître. Pour revenir au cinéma fantastique espagnol, je reste fasciné par l’énergie de nouveaux talents de l’école Filmax dont sont issus de jeunes réalisateurs comme Jaume Balaguero et Paco Plaza par exemple.


Vos deux derniers longs métrages, Edmond et Stuck, ont négocié un virage assez impressionnant dans votre filmographie.
Oui. Essentiellement parce qu’ils n’appartiennent pas ouvertement au genre fantastique. Si on devait définir ce qui les différencie de mes autres films, cela provient assurément du réalisme des situations. Stuck est sans doute le plus réaliste parce qu’il relate une histoire qui s’est réellement passée. Cela ne signifie pas que je renie ce que j’ai fait auparavant ou que je ne reviendrais pas à Lovecraft. Après Stuck, je planche d’ailleurs sur un projet typiquement Lovecraftien.

Désormais l’horreur sociale semble prendre le pas sur les monstres imaginaires.
Oui. Mais j’ai repensé à la dimension sociale de certains de mes films. Et je me suis rendu compte que cette toile de fond était déjà plus ou moins prégnante. Regardez par exemple The Pit and The Pendulum qui était tiré d’Edgar Poe et qui se déroulait pendant l’Inquisition. Le personnage de Torquemada (Lance Henriksen) est totalement dépassé par les événements. Dans Stuck, il est clairement question de notre époque. De l’horreur sociale et de la déshumanisation égoïste dans laquelle on se complait. Durant tout le film, le personnage de Stephen Rea devient totalement invisible jusqu’à ce qu’il percute la vie d’une autre personne (Mena Suvari). Soudainement, c’est l’horreur sociale qui éclate en plein visage. Et le fait qu’elle préfère faire l’amour avec son copain plutôt que d’aider ce pauvre homme en train de clamser est représentatif de la société actuelle. L’humour qui désamorce l’horreur des situations désamorce aussi, j’espère, toute la dimension moralisatrice.


Comment avez-vous travaillé l’excellente bande-son?
J’ai rencontré DJ Honda, qui produit du rap américain au Japon et côtoie des groupes totalement différents. C’est de là qu’il tire sa richesse. Et ça fonctionnait totalement pour le film. Lors du générique du film, on entend du rap sur des images de personnages âgées à l’hôpital. Le contraste est saisissant pour sous-tendre que des mondes différents vont se percuter entre eux. C’est aussi pour cette raison que Stuck reste un film fantastique : de la même façon qu’un personnage ordinaire devient un monstre, un quotidien ordinaire bascule dans l’extraordinaire.


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