Autant en emporte le vent reste un monument du cinéma hollywoodien, spectaculaire, épique, légendaire autant dans sa production que par son histoire. A l'heure de sa sortie en Blu-Ray (le 2 décembre), revenons sur cet immense classique, faisant tomber tous les records à sa sortie en 1939, résistant fièrement au temps qui passe et aux innombrables rediffusions. Il est tout simplement l'exemple ultime du genre « épique », étalon auquel seront comparées toutes les romances aventureuses et pleines de souffle (de Out of Africa à Titanic pour les plus réussies). Il instaure une tradition fastueuse et demeure, encore à ce jour, insurpassable et d'une ampleur toujours aussi impressionnante. Il est considéré comme l'un des plus grands films jamais réalisés.
A l'origine, il y a un best seller datant de 1936, une fresque littéraire de Margaret Mitchell contant le destin d'une femme, Scarlett O'Hara, se battant dans un sud plongé dans la guerre de Sécession. Le roman a ses outrances, ses redondances même (les multiples grossesses de Scarlett par exemple), mais il est un tel phénomène que le cinéma ne pouvait en ignorer le potentiel. David O'Selznick, producteur, sera ici méticuleux et tout puissant, se consacrant entièrement à ce projet pharaonique. Il fera appel à différents scénaristes pour ramener l'histoire à des dimensions cinématographiquement acceptables. Il remplacera également George Cukor par Victor Fleming (réalisateur d'un autre grand classique, Le Magicien d'Oz).
D'aucuns diront qu'Autant en emporte le vent est avant tout l'oeuvre de Selznick et il n'en a laissé le contrôle à personne d'autre. Il envisagera longtemps Paulette Goddard pour tenir le rôle principal, auditionnant sans relâche toutes les actrices pouvant convenir, avant de jeter son dévolu sur la Britannique Vivien Leigh.

Voir en Autant en emporte le vent une simple romance pour jeunes filles rêveuses serait une grossière erreur. Le début survolté est en cela une fausse piste. De l'effervescence superficielle du pique-nique au domaine des Douze chênes ne restera rien. Il en va de même des minauderies agaçantes de Scarlett, belle et gâtée, faisant tourner la tête de tous les galants qui croisent sa route comme un chat qui joue avec ses proies... L'allégresse de ce monde oisif, dont la prospérité se fonde sur l'esclavage (ce que le film et le livre ne critiquent jamais, dont ils portent même la nostalgie), s'apprête à être volatilisée, balayée comme une futilité.
Le seul personnage ancré dans la réalité, c'est Rhett Butler, forceur de blocus, héros controversé et profitant de toutes les occasions pour faire valoir le seul intérêt auquel il croit, le sien. En cela il rejoint l'héroïne dans ce qu'elle deviendra, puisque ce récit est avant tout une célébration de l'individualisme.
Les causes fumeuses qui provoquent les guerres (de l'honneur, des rêves de gloire et de l'arrogance), sont subtilement et assez définitivement écartées comme des lubies assez naïves (la réaction d'allégresse lorsque la guerre éclate et la contrariété de Scarlett offrent un contraste assez fort).
Car au delà de ses décors monumentaux, recréant l'époque avec faste, la grande force du film, ce sont ses personnages bien marqués et son casting extrêmement judicieux.
Rhett Butler porte le message du film, malicieux et sans beaucoup de morale, il est d'emblée assez complexe, alors que les autres protagonistes (Scarlett comprise), n'ont au début qu'une seule dimension. Margaret Mitchell, de son propre aveu, pensait déjà à Clark Gable en écrivant le roman. Quoiqu'il ait refusé d'adopter l'accent du sud (contrairement à Vivien Leigh), il est en effet le choix idéal.
La douce Mélanie est campée par Olivia de Haviland, qui lui confère l'aura qu'elle exige, car elle est une sorte de contraire de Scarlett. Elle incarne une force morale sur laquelle tous se reposent tant son jugement est sûr et désintéressé. Elle est une femme de bien. Son époux, Ashley Wilkes est un aristocrate esthète, idéaliste, humaniste et, ainsi qu'il en convient lui-même, bien éloigné des réalités et de l'âpreté de l'existence (dans les moments les plus rudes, il ne cache pas son impuissance). C'est l'élégant Leslie Howard qui lui prête ses traits. Ils font tous deux partie d'un « monde d'hier » (pour reprendre un beau titre de Stefan Zweig) et sont appelés à disparaître avec tous leurs usages.


