Par Nicolas Houguet - publié le 05 septembre 2008 à 11h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 18h01 - 0 commentaire(s)
Ainsi devant ce succès retentissant et avec le pragmatisme qu'on leur connait, les producteurs s'intéressèrent de nouveau à cette branche potentiellement lucrative. On commença par miser sur une formule qui avait fit ses preuves avec Chicago, qui tient l'affiche à New York depuis des lustres avec une constance insolente. Rob Marshall en fit une très bonne adaptation en 2002 avec Catherine Zeta-Jones, Renée Zellwegger et Richard Gere (ainsi que John C.Reilly brillant en mister Cellophane). L'oeuvre est enlevée, rythmée par une B.O et des chorégraphies solides, un sujet sexy et sulfureux et un casting engagé physiquement et vocalement, appuyé par une mise en scène astucieuse pour passer de la scène à l'écran. On est dans le Chicago des années folles, où les meurtrières deviennent des stars et rêvent de gagner la notoriété en faisant la Une des journaux, où les avocats recherchent également la gloire. N'importe qui ferait n'importe quoi pour devenir une star. C'est assez cynique et plein d'un mauvais esprit bienvenu, d'une immoralité réjouissante. Il s'agit d'une belle critique (enjouée, mais tout de même), d'un beau détournement du rêve américain. On a toutefois l'impression devant sa moisson d'Oscars d'assister à la redécouverte du genre plutôt qu'à une révélation devant ce film. Car c'est certes très réussi, mais moins révolutionnaire que Moulin Rouge, son flamboyant prédécesseur.



A la suite de cela, on s'engouffre dans la brèche, en reprenant les grands succès de Broadway, comme le très correct Hairspray de Adam Shankman en 2007 où John Travolta incarne la mère de la ronde Tracy dont le rêve est de danser dans l'émission d'une productrice abjecte, Michelle Pfeiffer. Rent a été également porté à l'écrant par Chris Colombus en 2006 avec Rosario Dawson. Malgré son sujet ambitieux, intégrant le Sida et la toxicomanie dans son récit, au coeur d'une bohème artistique contemporaine, la forme ne suit pas. Le réalisateur ne parvient pas à s'emparer de cette matière, à la faire sienne. Il se contente de filmer ces destins tourmentés sans grande ambition, donnant même parfois le sentiment d'enchainer les numéros de manière automatique, totalement conventionnelle. C'est bien dommage car Rent renouvelait des thèmes classiques (encore la belle bohème qui paraît si romantique et déséspérée), on aurait aimé un traitement moins lisse et moins évident. Pour filmer cette époque, cette génération et ses tourments, il aurait fallu l'inventivité d'un Mike Nichols dans Angels in America.

Enfin arrive Sweeney Todd, début 2008, qui marque le retour en grande forme de Tim Burton et de ses deux égéries, Helena Bonham Carter et Johnny Depp. Le Barbier Todd revient dans un Londres désolé pour y accomplir sa vengeance. Il vit dans la haine d'un juge (Alan Rickman) qui lui a ravi son grand amour et l'a privé de sa fille. Inconsolable, il décide d'accomplir sa sanglante besogne. Depp et Bonham Carter forment un couple blafard et cadavérique dans un Londres grisâtre, cauchemardesque et désespéré. Curieuse coincidence: Todd semble être un Edward aux mains d'argent qui aurait mal tourné et se serait laissé rongé par une misanthropie galopante. Ce virtuose des lames de rasoir va employer son don à trancher des gorges, et fournir sa partenaire en viande pour ses tourtes. Cette sombre humanité sombre dans la démence meurtrière de Todd. Même si Bonham Carter (belle poupée de porcelaine désarticulée) rêve d'un bonheur radieux avec lui, rien ne viendra le détourner de son obsession. La musique est celle d'un grand orchestre, lugubre et solennelle comme un opéra. La mise en scène l'appuie admirablement, avec un style visuel et gothique que Burton maîtrise. Rarement on a vu comédie musicale plus pessimiste, plus décalée, plus ténébreuse. C'est assurément un coup de maitre, servi par des interprètes exceptionnels (sans oublier une apparition hilarante de Sacha Baron Cohen). C'est un crescendo de violence et d'âpreté qui apparaît presque en contradiction avec la forme adoptée (d'ordinaire plus innocente, enjouée et coloré). Une oeuvre qui vous prend sublimement à contre-pied.



A revoir les grands classiques enchanteurs avec Fred Astaire ou Gene Kelly, aux titres gravés de manière indélébile dans nos mémoires cinéphiles (Chantons sous la pluie, Une étoile est née), à songer aux moments pleins de souffle (West side Story), de flamboyance (Moulin Rouge!) de sensualité (Les hommes préfèrent les Blondes, Cabaret) ou de provocation (Chicago, The Rocky Horror Picture show, Sweeney Todd), une constatation s'impose: les lumières de Broadway n'ont pas fini de nous éblouir.
Vos réactions


logAudience