Icône pop par excellence et phénomène underground après avoir été considéré par ceux qui l’avaient descendu comme une flèche au moment de
Mysterious Skin (ce requiem sonnant ainsi comme une petite revanche sur le passé), Gregg Araki reste avant tout connu pour sa trilogie teen trash dans les années 90 (
Totally f***ed up;
Doom Generation et
Nowhere). A l’époque, il prenait son pied en dépeignant les vies dissolues d’adolescents libertaires qui cherchaient à fuir des fantômes réactionnaires, faisaient des soirées fin du monde en écoutant Trash de Suède en boucle, voyaient des extra-terrestres et voulaient assouvir des fantasmes qui les travaillaient au corps. Aujourd’hui, ces ados ont grandi, les désirs évanouis. Ils se cognent désormais aux contingences du monde adulte, se goinfrent de space cakes et oublient de régler leur putain de dealer. Dans
Smiley Face, sorte de rollercoaster vanillé qui carbure à l’humour shooté, décrit par le cinéaste comme «un dessin animé avec des acteurs», il n’est question que de ça. Et entre
Doom Generation et
Smiley Face, dix ans se sont écoulés. Pour le meilleur ou pour le pire? Celui qui dans le début des années 90 réalisait des comédies provocatrices se serait-il mué en bon conformiste faussement insolent ou reste-t-il cet adolescent de presque cinquante ans toujours aussi vivace qui refuse de se comporter comme un adulte? Enquête.
THE DOOM GENERATION Qui, ado, n’a jamais rêvé de vivre dans un film de Gregg Araki? Qui n’a pas flashé sur ce morceau de Nine Inch Nails au début de
Doom Generation? Qui n’a jamais rêvé de se perdre dans une de ces teufs bigarrés où ceux qui s’y éclataient n’avaient peur de rien ni de personne? Encore moins de choquer les bonnes mœurs? Depuis, les temps ont changé: les ados ne rêvent plus de vivre comme Christina Applegate, Ryan Phillippe, Denise Richards, Shannen Doherty ou Tori Spelling dans un épisode trash de la série
Bervely Hills 90210. A vrai dire, le film qui a marqué la transition dans le cinéma de Gregg Araki, ce n’est pas contrairement aux apparences
Mysterious Skin, un drame déchirant où il adaptait pour la première fois une histoire qui n’était pas de lui et prenait le pari difficile de la fiction déceptive (soit ne pas répondre aux attentes de ses fans qui attendaient du trash joyeux). Mais bel et bien Splendor, une comédie romantique réalisée après
Nowhere où les personnages avaient déjà passés le cap de l’adolescence tout en restant des adulescents à deux doigts de tomber dans la routine. Le seul moyen pour l’éviter était de former un ménage à trois (deux mecs et une nana). A l’arrivée, c’était moins évident que prévu.
Mysterious Skin est juste venu amplifier le fossé en tirant toute coolitude dans la noirceur arrachée aux souvenirs et aux traumas. A partir de là, il semblait improbable que le cinéaste revienne à un cinéma plus smooth et léger.