Par - publié le 17 janvier 2008 à 02h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h36 - 0 commentaire(s)
On l'attendait au tournant après le dyptique Kill Bill. Dans Grindhouse - boulevard de la mort, Quentin Tarantino ravive l'esprit des drive-in, célèbre la sous culture seventies et joue avec le cinéma comme les mômes avec de beaux trains électriques. C’est son choix et il en existe des pires.


Usons d’une métaphore culinaire : Grindhouse première partie se présente comme un bon hamburger. De la junk food bien grasse pour se garder les côtes, et plus si affinités. Pas la peine de désosser les hommages ou de connaître les références de tout un pan de cinéma seventies sur le bout des doigts pour apprécier le voyage à sa juste valeur. Si ce film ironiquement interdit aux mineurs comme à l’époque suinte l’univers des rape and revenge et transpire la bonne série B, c’est aussi et surtout instinctivement hilarant d’un bout à l’autre. Paradoxalement, ça devrait davantage poser problème aux puristes qui risquent d’être échaudés par la «mainstreamisation» de la sous culture voire de la nerd attitude sur le mode pédago-rigolo et, corrélat, avoir peur de l’objet très référentiel sous la houlette des briscards frères Weinstein qui se sont visiblement frottés les mains un peu trop tôt pour ramasser les biftons (le film a fait un four au box-office US). Mais que l’on se rassure: ce n’est pas de l’opportunisme. D’autant qu’il y a quelques années, Tarantino a crée chez Miramax le label Rolling Thunder pour ressortir en salles quelques perles de la sous-culture et que, simplement, ses précédents opus ont toujours baigné là-dedans. Accessoirement, on peut considérer cette démarche comme une manière de faire revivre l’ambiance des Grindhouse (drive in américains) à ceux qui n’étaient pas nés à cette époque et qui ont manqué cette période où le cinéma avait des cojones. Un peu comme les personnages du film qui fantasment cette époque avec de longues tirades stylées et des bonnes bouffées de joints alors qu’ils n’hésitent pas à envoyer des textos avec leurs téléphones portables.


Alors, au lieu de jouer les fines bouches, cette proposition de divertissement est toujours bonne à prendre. Les soupçons sont d’ailleurs évacués dès la scène d’introduction où Tarantino apporte sa touche perso avec deux obsessions: les pieds féminins (répétés depuis Pulp Fiction) et les voitures américaines (depuis Reservoir Dogs). Par la suite, on se laisse délicieusement avoir par un débit exceptionnel. Le réalisateur agit comme un illusionniste tellement éloquent qu’il est capable d’embobiner tout le monde en hurlant un amour infini pour un cinéma jadis déconsidéré, aujourd’hui fashion un peu grâce à lui. De manière générale, son sens de l’humour tordu et du détail maniaque suffisent à intriguer. On est sur un terrain d’autant plus familier qu’on retrouve tout ce qui a fait son style: le rapport affectif avec la bouffe (le cascadeur Kurt Russell qui se goinfre de nachos comme L. Jackson salivait naguère un bon hamburger dans Pulp Fiction) et celui, sexuel, avec la musique (les filles ne se privent pas pour bouger leur popotin en rythme comme Thurman et Travolta remuaient de concert sur une piste de danse dans Pulp Fiction). A contrario, Tarantino se sert également de la musique et du son pour traduire l’horreur, jouissance voluptueuse parmi d’autres, par la musique. La grande scène de la collision montrée du point de vue des quatre victimes est un moment de cinéma à la fois brusque, choquant et virtuose. Il suffit par exemple au cinéaste d’amplifier l’horreur en la répétant avec force ou de se focaliser sur une jambe à travers une fenêtre pour marquer l’intensité. La bande-son se contente de faire le reste pour générer démesure et emphase.


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