Par Nicolas Houguet - publié le 27 novembre 2008 à 04h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 19h56 - 0 commentaire(s)
Dans Freaks de Todd Browning, le cinéma approchait avec tendresse les « monstres », des saltimbanques difformes pour la première fois présentés du côté de leur humanité et pas comme des phénomènes de foire. Il ne s'agira donc pas ici de prendre de précautions de langage, ces périphrases ridicules pour décrire les handicapés, « à mobilité réduite », « différents », « gens exceptionnels »... La force des images suffit à suggérer l'évidence. Le cinéma permet d'aller à la rencontre et de connaitre des êtres, qui malgré leur condition physique ou mentale, ressentent, aiment, vivent et souffrent.

C'est le coeur de l'Art de la pensée négative de Bard Breien (sortie le 26 novembre), montrer un héros imparfait, dépressif, débauché qui revendique son droit à ne pas être exemplaire, à ne pas assumer son handicap, à entrainer les optimistes dans sa spirale désespérée et salvatrice. Après une nuit où l'on saccage un pavillon, où l'on fume des joints énormes, où on fait des concours de roulettes russes et où on affirme fièrement son mauvais esprit en excluant les valides, une nouvelle aube se lève, celle d'après une tempête où les blessures s'apaisent parce qu'elles se sont déchaînées et sont devenues conscientes, parce qu'on a dépassé l'apparence et fait tombé les masques.



Il s'agit de montrer cette réalité toute simple. Dépasser la gêne, balayer la norme trompeuse et superficielle pour aller à l'essentiel. L'aveugle de Les Lumières de la ville de Chaplin voit le vagabond tel qu'il est. Echapper à la norme, c'est être forcé de vivre hors des codes, de s'inventer un fonctionnement comme la famille de Gilbert Grape ou encore le langage développé pour le héros enfermé du Scaphandre et le papillon de Julian Schnabel. Alors il y a la frustration terrible d'être entravé par son corps et à la merci des contingences qu'il impose (comme Christy Brown dans My Left Foot), avoir à renoncer aux désirs de tout le monde et surmonter les préjugés qui paraissaient vérités immuables (Né un 4 Juillet). Se poser la question toute simple que chaque handicapé s'est posé un jour comme la jeune Scarlett Johansson dans L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux : qui va m'aimer comme ça, qui voudra de moi? Il y a aussi ce décalage qui peut agir comme un révélateur: Charlie Babbit n'est plus un yuppie sans âme à la fin de Rain Man et s'est découvert un frère. En fait le handicap au cinéma reprend depuis toujours le cri de John Merrick dans Elephant man : « Je suis un être humain ». Aucun autre art ne l'a fait entendre avec autant de force, invitant à dépasser l'apparence, à connaître la personne qu'elle masque. balayant la réaction première, la défiance instinctive.


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