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Harrison Ford : Charme classique [page 4]

Par Nicolas Houguet - publié le 09 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 09 octobre 2009 à 13h38 - 0 commentaire(s)
On retrouve véritablement Harrison Ford dans toute son ampleur lorsqu'il prête ses traits à Jack Ryan dans Jeux de guerre et Danger immédiat de Philip Noyce. Il y est un bon père de famille et un agent de la CIA hors pair. Ce rôle apparaît comme la synthèse des deux aspects de sa carrière. Il impose ainsi sa patte et compose un héros d'action contrasté. Le contexte hérité des romans de Tom Clancy est ultra réaliste, Jack Ryan profondément humain. Il trouve en Harrison Ford son interprète le plus à même de saisir et traduire toutes ses motivations. A travers sa vulnérabilité, le risque qu'il court en permanence, il se distingue des autres héros d'action comme John Maclane. Il a une portée beaucoup plus grave, beaucoup moins cartoonnesque. Il n'est pas un anticonformiste magnifique qui fonce dans le tas. Quand il prend un risque, il le fait avec gravité, risquant sa vie et celle des siens avec une inquiétude permanente. On reste toutefois dans le film d'action avec le grand méchant de service (Sean Bean dans Jeux de guerre et Willem Dafoe dans Danger immédiat). Mais donner à Jack Ryan une dimension plus ordinaire, plus humaine donne aux films une grande singularité. Au début de Jeux de guerre, il est encore un héros par la force des choses, un peu comme dans Frantic, il ne sait d'abord pas dans quoi il est embarqué. Ce trait de caractère se retrouve jusque dans Firewall en 2006. Il est certainement assimilé à un héros d'action, mais il souffre beaucoup. Il est menacé en permanence et n'est pas maître des évènements. Il n'a pas l'assurance et l'insouciance d'un Bruce Willis. Son Jack Ryan (endossé également par Alec Baldwin et Ben Affleck) est sans doute le plus intéressant. Il met en avant sa tension, son désarroi et sa vulnérabilité. Harrison Ford ne peut portraiturer un héros réaliste que s'il est faillible. Il peut aussi être dans la dérision et l'ironie comme c'est le cas dans Indiana Jones, mais le contexte qu'il sert doit être alors ouvertement fantaisiste et léger. Il se décrit lui-même comme partie d'un tout, la seule fonction d'un acteur étant selon lui de servir et de raconter une histoire.


Cette sensibilité et cette humanité sont le principal atout d'A propos d'Henry de Mike Nichols où un avocat brillant et cynique change du tout au tout après son amnésie et doit réapprendre à vivre. Mais trop rarement, on emploie Harrison Ford pour cela. On préférera le retrouver dans des films d'action sans beaucoup d'imagination comme Air Force one, le plonger dans une aventure niaiseuse sur une île déserte dans Six jours, sept nuits. A l'exception notable de Sydney Pollack qui, avec L'ombre d'un soupçon, lui offrait le beau rôle d'un mari qui découvre que sa femme, morte dans un crash d'avion, le trompait. Il n'aura que peu l'occasion d'exprimer ce raffinement et ces émotions qui marquent de si belle manière son visage. Pourtant, c'est cette fébrilité permanente, cette fêlure qui parviennent à transcender le personnage de Richard Kimble dans le Fugitif. C'est grâce au fait qu'il n'est précisément pas un héros iconique mais un homme traqué, poussé dans ses derniers retranchements que le film gagne en intensité et que le face à face final avec Tommy Lee Jones est émouvant.

Harrison Ford n'a pu s'émanciper totalement de ses compositions légendaires. Il s'en est pourtant écarté souvent. On ne peut que se désoler le voir par exemple se commettre dans Apparences, où il aurait pu jouer de sa subtilité, sans le final grand-guignolesque et cent fois rabaché du mari croque-mitaine à la Shining qui ne veut pas mourir. Lorsqu'on le retrouvait dans Firewall, on se disait que son heure de gloire était passée. On était devant un film d'action efficace mais sans imagination. Il était un père se famille qui devait sauver sa femme et ses enfants en accédant aux exigences de leurs ravisseurs. Evidemment il allait finir par héroïquement les délivrer. Toujours pris entre Frantic et Jack Ryan...


Lorsqu'enfin George Lucas valida le scénario d'Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal, c'est à la renaissance d'une saga que nous assistions mais peut-être aussi à la résurrection d'un acteur, à ce ton qui a fait sa marque, cette manière d'épouser avec naturel et sobriété un environnement fantaisiste.

L'époque est à la nostalgie et aux retours inespérés. On se sent grisés rien qu'en murmurant à l'ouvreuse, la voix tremblante d'émotion: « pour Rocky s'il vous plait », « pour Rambo »... Bientôt « Pour Indy... »). Alors oui, Harrison Ford a vieilli. Oui il a connu des triomphes et des bides. Mais il est bon d'assister à pareil retour. Sans doute parce que les vrais héros ne meurent jamais et qu'il en a incarnés plusieurs.
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