L'Aurore de F.W Murnau.
L'histoire d'un couple de paysans dont l'existence est chamboulée par l'arrivée d'une citadine. Séduisante et différente, elle charme l'homme et le convainc de noyer sa femme. Mais au moment de passer à l'acte, il ne peut se résoudre à tuer celle qu'il aime et la laisse prendre la fuite. Lancé à sa poursuite, il la retrouve dans une ville, un monde totalement nouveau, lumineux, féerique et animé. Premier film du cinéaste allemand sur le territoire américain après ses très remarqués Faust et Le Dernier des Hommes, L'Aurore est généralement considéré comme son chef d'œuvre. Bien qu'aujourd'hui très schématique dans son scénario - le sexe destructeur et l'amour pur, la campagne sereine et la ville corrompue - le film conserve une poésie crépusculaire indéniable.
Casablanca de Michael Curtiz.
Casablanca raconte la tragique histoire d'un amour brisé par le cours des évènements. Autrefois réunis à Paris, Rick Blaine et Ilsa Lund sont aujourd'hui séparés. Disparue sans raison, la jeune femme croise le chemin de son ancien amant dans un club à Casablanca alors qu'elle tente de rejoindre les Etats-Unis avec son nouvel amour, un important élément de la Résistance qui cherche désespérément un moyen d'être en sécurité. En possession de précieuses lettres de transit, Rick devra choisir. Rongé par une volonté de punir celle qui l'a abandonné mais pour laquelle il éprouve encore de forts sentiments, il aura la possibilité de suivre son désir d'aimer et sa responsabilité historique. Sous ses airs de machine hollywoodienne - Ingrid Berhgman, Humphrey Bogart, Oscars - Casablanca est teinté d'un romantisme noir marquant. A cause du Code Hays qui interdisait à l'époque bon nombre de choses - ici, voir une femme partir avec un autre homme que son époux - les scénaristes eurent la possibilité de conclure leur histoire d'une manière inhabituelle. Les deux amants se sont retrouvés mais sont condamnés à se perdre définitivement dans un monde à l'agonie.
Sur la route de Madison de Clint Eastwood.
Inutile de mobiliser de grandes histoires épiques et des personnages hors-normes pour raconter la difficulté d'aimer. Sur la route de Madison voit la rencontre entre une femme au foyer et un photographe dans les années 60. Elle s'est condamnée à vivre dans une maison isolée, à s'occuper de son mari et ses deux enfants. Il voyage et photographie le monde entier. Deux facettes de l'existence - la mobilité contre l'emprisonnement, la liberté contre le sacrifice, la contemplation contre l'utilité - qui vont entrer en collision et provoquer un changement profond dans la vie de cette femme banale. Si le film de Clint Eastwood est aussi mémorable, c'est par sa volonté de ne jamais laisser le romantisme effacer la dure réalité des choses. Par amour, Francesca accepte sans remords de sacrifier sa vie à sa famille, même si cela veut dire qu'elle se refuse le droit de vivre la passion qui la consume. Ce n'est que lorsqu'elle sera morte qu'elle demandera quelque chose pour la première, pour elle seulement : que ses cendres soient dispersés sous le Pont Roseman, symbole de son union avec Robert qui a lui-aussi demandé à ce que ses restes soient ramenés ici. Sa vie entière aura été offerte aux autres, mais pour l'éternité, elle demeurera avec l'homme qu'elle aimait véritablement.
Dracula de Francis Ford Coppola.
Transylvanie, 1642. Croyant que son bien-aimé est mort sur les champs de bataille, Elizabeta se jette dans le vide. Dévoré par la tristesse et rongé par la colère, le Comte Vlad renie violemment l'Eglise et se jure de venger la mort de celle qu'il aime. Quatre siècles plus tard, alors qu'un jeune notaire est envoyé pour conclure une vente, celui qui est désormais devenu le Comte Dracula reconnaît dans la fiancée du jeune homme sa douce Elizabeta. Mené par le désir de retrouver et posséder cet amour perdu dans les temps, il se lance à la poursuite de Mina.« L'amour est éternel ». A la fois proche - le suicide d'Elizabeta serait bel et bien arrivé dans ces circonstances - et loin du mythe - l'histoire d'amour prend des dimensions nettement plus importantes que dans le livre de Bram Stocker - le film de Coppola est teinté d'un romantisme noir et complexe. Dracula n'est plus le monstre sanguinaire du roman et Mina n'est plus la simple victime. Le lien intemporel qui les unit existe réellement, et chacun d'eux y succombe. La jeune femme tombe amoureuse du Comte et celui-ci n'est que la victime de ses désirs incontrôlables. Dans sa conclusion qui mêle romantisme et morbide, Dracula rentre dans le panthéon des grandes histoires d'amour.
Moulin Rouge ! de Baz Luhrmann.
Paris, 1899. Elle est belle, sexy, explosive et courtisane. Il est jeune, idéaliste, inexpérimenté et poète. Au milieu d'un joyeux chaos de musiques, de lumières, d'alcools, de drogues et de danses, ils vont s'aimer. D'abord sur un malentendu, par nécessité financière pour le Moulin Rouge. Puis totalement, tendrement et tragiquement. Humainement très différents - Satine a depuis longtemps été corrompue par la société, Christian est empli d'une naïveté éclatante - mais profondément semblables - l'amour et la liberté mènent leur histoire - ces deux personnages vont s'aimer, se déchirer et être séparés par le monde.
Titanic de James Cameron.
Cameron est un cinéaste de l'excès. Ses histoires ont beau être d'une simplicité et d'une rigueur étonnantes, les dimensions financières, visuelles et narratives que prennent ses films en font des œuvre à très grand spectacle. Et il est toujours fou de se rappeler qu'il a passionné des millions de spectateurs avec une histoire dont la fin était mondialement connue. Quoi qu'il en soit, Titanic raconte une fois de plus l'histoire d'amour compliquée entre un homme et une femme qu'absolument tout sépare. Rose De Witt Bukater est un membre de la haute société, raffinée, élégante et élevée dans un cadre strict. Jack Dawson, lui, est un vagabond sans attaches et sans un sou en poche qui ne voit rien dans son avenir en dehors d'une feuille blanche et d'un crayon pour dessiner les choses. Cette contradiction évidente et efficace - qui apporte son lot de complications - n'est qu'un argument pour mettre en scène des motifs extrêmement purs. L'amour contre l'argent, le désir contre l'obligation, la découverte face à la fin du monde. Autant pour ses qualités que ses défauts, Titanic restera une histoire d'amour inoubliable.
Eternal sunshine of the spotless mind de Michel Gondry.
Qui n'a jamais eu ce désir incontrôlable d'oublier la personne qui nous a brisé le cœur ? Personne - en tout cas, personne qui n'a vécu une sale histoire d'amour. A partir de cette idée saugrenue, le tandem Gondry+Kaufman imagine l'histoire à rebours de Joel et Clémentine, un couple détonant - il est introverti et calme, elle est extravertie et instable - dont l'union a rapidement mal tourné. En soi, l'histoire est d'une banalité exemplaire - ils s'aiment mais leurs différences les séparent immanquablement - mais dans les coulisses, les deux hommes posent un regard totalement original. Michel Grondry nous refait le coup de ses ficelles et ses effets d'optique tellement plus palpables que les meilleurs CGI, et Charlie Kaufman sonde les mécanismes de la mémoire et de l'oubli avec une approche résolument barrée. Et c'est parce qu'ils ont décidé de ne pas donner d'issue claire - les choses vont-elle se reproduire éternellement comme le suggère la répétition des images finales ou est-ce qu'accepter les faiblesses de l'autre corrige le tir ? - qu'Eternal sunshine of the spotless mind restera un objet abstrait ouvert à interprétation.

