Sept ans déjà que l’Amérique est rentrée dans une nouvelle ère de conflit généralisé. Sept ans depuis l’émergence brutale, un matin de septembre, d’une forme moderne de terrorisme, touchant le coeur même des institutions du pays. Depuis le 11 septembre, les USA sont rentrés en guerre contre l’Afghanistan, puis surtout l’Irak. C’est bel et bien au Moyen-Orient que se font et se défont les rouages de la politique internationale selon le président Bush. La poudrière irakienne, la « menace » iranienne, les négociations tendues avec Israël et la Syrie, les liens trop étroits mais nécessaires pour une société industrielle comme les Etats-Unis... Dans cette zone du monde où se concentrent la majorité des conflits religieux, territoriaux et politiques, Washington est sur toutes les lèvres, d’autant plus que la deuxième guerre en Irak se révèle être bien plus meurtrière que la précédente, et a réanimé les fantômes d’un Vietnâm que la nation yankee avait soigneusement enterrés.

Pas étonnant dans ce contexte que Hollywood se soit penché sur la question de cette actualité foisonnante : le Moyen-Orient, si on dépasse les clichés véhiculés au temps de la guerre froide, est un univers cinématographique quasiment vierge au début des années 2000. Le seul film marquant ayant par exemple abordé de front la guerre du Golfe dans les années 90 restait
Les Rois du désert de David O’Russell, qui reprenait à son compte les leçon cyniques de
MASH, ajoutant in fine une dose d’humanisme à sa charge anti-militariste (on peut mentionner aussi A l’épreuve du feu et ses soldats traumatisés, mais l’évocation du conflit constitue plus un moyen qu’une fin en soi dans le film d’Edward Zwick).
L’abondance d’images qui a accompagné l’écroulement des tours, puis les campagnes militaires de l’oncle Sam, ont longtemps fait peser le doute sur l’utilité de virtualiser les évènements récents, d’en faire un terreau de fiction qui ne serait rien d’autre qu’une reproduction « à plat » d’un sujet trop récent pour être ainsi disséqué. C’est en faisant le choix de l’adaptation littéraire que
Syriana met pourtant le premier les pieds dans le plat. Le réalisateur Stephen Gaghan s’intéresse ici non pas à la guerre, mais à leur corrélatif évident, les lobbies du pétrole, les liens plus qu’ambigus entre les émirats et les industriels américains. Barbouzes ayant perdu leurs illusions et businessmen sans foi ni loi se cotoient dans une danse amorale fascinante quoique par trop complexe.