Récemment, deux films ont montré, de manière indirecte, que les USA étaient déjà passés à un stade supérieur : le premier,
Le Royaume de Peter Berg, vient de sortir en DVD. Le cadre de l’action est l’Arabie Saoudite, le genre, le film d’action. Autrement dit, le Moyen-Orient a investi la Mecque du Cinéma par la porte la plus mainstream qui soit : la grosse production pétaradante avec casting glamour et explosions à gogo. Bien sûr, le film dans son déroulement doit beaucoup aux aventures de Tom Clancy, y compris dans ses raccourcis politiques. Néanmoins, le fait d’avoir introduit dans un film marketé et test-screené une réflexion très claire sur l’engrenage fanatique qui lie par le sang l’empire américain et les extrêmistes islamistes est plus qu’osée. Utiliser le Moyen-Orient comme un prétexte fictionnel sans être dupe de la réalité brute du contexte, en d’autres termes s’affranchir du politiquement correct en vigueur en s’adressant autant au coeur qu’à l’intellect : pour tout dire, c’est du jamais vu jusqu’à aujourd’hui.

Le deuxième film, beaucoup moins réussi, n’est pas encore sorti dans nos contrées, mais interpelle dès son titre : Où est donc Ossama ? Conçu et narré par le trublion à l’origine du documentaire Supersize Me, Morgan Spurlock, cette farce tragi-comique utilise l’ennemi n°1 des USA comme support pour une plongée naïve et d’un simplisme désarmant dans le Moyen-Orient actuel. Syrie, Arabie Saoudite, Israël, puis Afghanistan : Spurwell suit sans trop de rigueur la « trace » du chef d’Al Quaïda, s’extasie sur la richesse d’une culture qu’il découvre manifestement pour la première fois... et affronte via un jeu vidéo hideux son Graal du moment, le barbu saoudien propulsé karatéka virtuel ! On peut en rire, on peut trouver ça pathétique : le fait même que la chose soit produite, conçue et vendue comme un divertissement (avec une affiche parodiant les aventures d’Indiana Jones) en dit long sur la digestion fulgurante d’un personnage, de son passé et de ses idées. L’Irak, le terrorisme, la peur quasi xénophobique de l’étranger musulman, tout cela n’est même plus un sujet de société : c’est un élément du paysage fictionnel, que l’on peut parodier à grands traits dans un Postal (certes produit avec des capitaux allemands), ou utiliser pour réaliser une comédie gentiment cynique (War Inc. avec John Cusack, qui sort bientôt). Et pourquoi pas voir James Bond investir une centrale iranienne ou les prisons de Guantanamo dans une prochaine aventure ? Stallone avait bien dit non à un scénario imaginant
John Rambo en action en Irak...
Brian de Palma ne dit pas autre chose avec son Redacted : l’instantanéité de l’information, la multiplication des sources, des points de vue, des opinions, des témoignages et contre-témoignages ne peuvent amoindrir la dure réalité de la mort des innocents, la menace de conflits armés, la crise économique mondiale. Mais elles contribuent à mettre en perspective à la vitesse de la lumière des problématiques que l’on commence à peine à maîtriser, des catharsis que les familles de soldats morts au combat commencent à peine à envisager (les producteurs n’auront pas hésité longtemps avant d’adapter l’histoire de Daniel Pearl au cinéma, dans Un coeur invaincu). Avec les risques de banalisation, de simplification, voire de caricature que cela comporte. Une propagande inversée qui ferait plus de mal que de bien...