Une superstar au cinémaAu cinéma, l'aura et la gloire de Michael Jackson sont exploitées, un peu comme celle d'
Elvis Presley en son temps. Ces stars seront utilisées pour elles-mêmes, pour leur univers. Alors qu'il décroche un rôle dans
Bugsy Malone d’
Alan Parker en 1976, il est surtout révélateur de le voir dans une variation autour du
Magicien d'Oz,
The Wiz de
Sidney Lumet en 1978 où il tient le rôle de l'épouvantail. Jackson était fasciné par les contes merveilleux, ceux de Disney en particulier (d'où l'un de ses surnoms, « Bambi ») et les parcs d'attractions. On le voit notamment dans un film diffusé en 3D à Disneyland,
Captain EO produit en 1986 par George Lucas (on y sent d'ailleurs assez fortement l'influence de
Star Wars) et réalisé par
Francis Ford Coppola.
Mais le phénomène qu'il incarne est si grand que Jackson jouera toujours plus ou moins son propre rôle, comme le film à sa gloire,
Moonwalker en atteste en 1988. Il y développe encore un univers qui lui est propre, empruntant aux contes merveilleux et aux rêves enfantins, basculant dans un monde également assez sombre (où l'on croise Joe Pesci). Par la suite, le chanteur se livre à des apparitions, souvent parodiques (comme son cameo hilarant dans
Men in Black 2). On se moque également de son étrangeté qui a pris des proportions inquiétantes dans
South Park ou encore dans
Scary movie 3.
Vers la fin des années 90, le génie populaire aux concerts gigantesques et à la gestuelle aérienne est bouffé par sa propre légende et devient controversé. On entend davantage parler de lui dans les tabloïds, pour ses opérations de chirurgie esthétique qui le défigurent, pour son mode de vie de plus en plus mystérieux et reclus, pour ses enfants, pour les soupçons graves qui pèsent sur lui et l'entraînent devant les tribunaux. Métamorphosé et perdu dans son monde, le solaire jeune homme qui avait revivifié son art, est devenu l'ombre de lui-même et objet de l'opprobre. Son étoile est ternie, les temps héroïques s'éloignent. Ses derniers disques, malgré des titres d'une assurance trompeuse (« Invincible »), sont des déceptions. Michael vit reclus dans son lointain royaume, on le dit ruiné. Le conte de fée qu'il voulait vivre a viré au cauchemar.
Ces derniers temps, une tournée mondiale s'annonçait, on espérait un come-back, sans trop y croire. La star était déchue, le visage souvent caché, déformé. Il était manifestement amaigri et vulnérable. Les temps de la splendeur étaient loin, les chansons fulgurantes également. Sa disparition à cinquante ans vient clore le conte triste et glorieux que fut la vie du Roi de la pop, enfermé peu à peu dans sa tour d'ivoire, isolé, adulé ou honni, solitaire en tout cas, et à l'écart du monde. On préfère conserver le souvenir de ses heures flamboyantes et garder en nous ces images et ces chansons qui sont entrées dans nos vies. Un peu de notre jeunesse s'éteint avec lui.