Pendant le festival, le (très) malin Eli Roth, réalisateur de
Cabin Fever et de
Hostel, deux opus horrifiques hautement controversés, est réfugié dans un hôtel de Gérardmer situé dans les hauteurs. Pour y accéder, il faut passer à travers une forêt recouverte de neige. Décor exotique et angoissant. En somme, adéquat. Dans une ambiance à la
Misery, le cinéaste m’accueille chaleureusement et s'avère si loquace qu’il ne se révèle même plus utile de formuler de questions. Il est crevé mais il a la politesse de vous affirmer le contraire. Son
Hostel, roublard et inconfortable, a beau être reparti bredouille à la grande surprise générale ; il n’en reste pas moins qu’il a marqué les festivaliers qui pendant la projo rivalisaient de rires nerveux pour progressivement être de plus en plus écoeurés. C’est l’effet Eli Roth.
Excessif : Pensez-vous que l’horreur soit automatiquement liée à l’humour ?Eli Roth : Pas nécessairement. En revanche, je reste persuadé qu’il est possible de rire et de pleurer en même temps. Quand on assiste à un enterrement, on voit beaucoup de gens pleurer qui petit à petit tendent vers le rire nerveux. En un sens, je pense que l’humour est un bon moyen de détendre l’atmosphère. Il est clair que si le film est trop tendu, il y a des chances pour que vous ayez dans le meilleur des cas un sérieux mal de tête. L’humour des phrases dans certains films permet de déceler le trait de caractère d’un personnage. Mais dans un film d’horreur, il importe de ne pas tout prendre au sérieux.
Hostel est un film qui se focalise sur le voyage de trois gars qui débarquent dans ce qu’ils pensent être le paradis et se rendent compte qu’ils ont mis les pieds en enfer. J’ai voulu commencer dans une ambiance très détendue et finir dans une usine où on aime torturer les gens. Je ne voulais pas faire un film uniquement sur ces tortures mais désirais au contraire qu’il y ait une idée de progression.
Il y a un cameo de Takashi Miike. Comment l’avez-vous découvert ? Cabin Fever était vraiment un hommage aux films d’horreur américains des années 70-80 que j’affectionnais et affectionne toujours. Sam Raimi,
Evil Dead,
Massacre à la tronçonneuse. Avec
Cabin Fever, j’ai commencé à fréquenter des festivals comme Sitges et Bruxelles. Et là-bas, j’ai pu découvrir des films remarquables comme
Sympathy for Mister Vengeance,
Ichi The Killer et
Audition. En voyant cette déferlante, je me suis dit "bon sang, ces cinéastes sont en train de créer un nouveau cinéma et le poussent vers une direction qui me branche". Ce ne sont pas des films qui font peur mais des films qui rient de choses horribles. J’ai essayé d’emprunter cette même démarche avec
Hostel. J’avais envie de faire un film comme Takashi Miike les fait. Après
Cabin Fever, on m’a passé tant de scénarios de studios et à chaque fois que je voulais ajouter une touche personnelle, on me disait qu’on ne pouvait pas tuer des enfants, ni des animaux etc. Cette bande de cinéastes proposait des choses qu’on ne voit pas dans les films de studio et donc des choses vraiment dérangeantes. Non seulement dans la violence graphique mais également dans l’histoire en elle-même qui reste éprouvante. Personnellement, j’avais envie de montrer des mecs sympas se faire tuer ou montrer des gens tristes qui ne sont pas bien dans leurs baskets.
Dans quelle mesure son film Audition vous a inspiré pour Hostel ?Hostel peut être vu comme un mélange entre
Audition et
The Wicker man. Ce que j’adore dans
Audition, c’est que le protagoniste a l’air d’un type très sympa, un père de famille modèle, alors qu’en réalité, il est sexiste. Ce qu’il recherche avec son audition, c’est une fille souriante qui ne pose pas de questions et qui sache tout faire à la maison. Malheureusement pour lui, il est tombé sur la mauvaise. Lui et son pote s’imaginent que la fille leur appartient. Dans
Hostel, la situation est la même : les trois personnages pensent qu’ils vont se taper un max de putes et en réalité ils se trouvent pris au piège. Seulement, ils ne sont pas prisonniers de ce lieu. Ils pourraient à n’importe quel moment se barrer, mais ils ne le font pas parce qu’ils en veulent toujours plus. Ils payent pour rester et ils payent pour profiter de ces filles. Sciemment, j’ai voulu que le spectateur s’identifie à eux et que pendant toute la première partie, il se dise : "oh ouais, je les enculerais bien moi aussi, oh ouais, c’est cool comme endroit". C’est pour ça qu’à la fin, ça bascule dans la torture. C’est en quelque sorte une revanche.