Comment Quentin Tarantino, qui est également producteur, est intervenu dans le film ?Il a vu
Cabin Fever au festival de Los Angeles en 2003 et il a adoré. Il m’a invité à voir
La dernière maison sur la gauche, de Wes Craven. Je le considère comme le parrain des jeunes cinéastes et pendant la projo, et même après, il m’a donné plein de conseils. Les jeunes cinéastes sont impressionnés parce qu’il s’appelle Tarantino alors que c’est quelqu’un de très ouvert qui va tout faire en sorte pour t’épauler au mieux pour faire un putain de bon film. Il a eu la même démarche lorsqu’il a vu
Shaun of the dead qu’il a trouvé puissant. Il a également appelé Edgar, a dîné avec lui et n’a pas arrêté de lui dire de continuer, que son travail était bon. Ils sont rares les gens qui sont là pour te revigorer et te donner à penser que ce que tu fais est bon. Du coup, lorsque j’ai reçu plein de scénarios, des scénarios de merde entre nous…
Du genre ?Du genre
La maison de Cire. Vous l’avez vu ? J’étais catalogué dans une liste de cinéastes uniquement capables de faire des teenage movies et des films d’horreur complètement nazes qui ne me ressemblaient pas. On a même osé me proposer le remake de
Fog qui est une merde absolue. Des films tellement mauvais que ça en devenait embarrassant. Je me rappelle être allé voir Quentin qui était dans sa piscine en lui disant que j’étais désespéré, que je ne savais pas quoi faire avec toutes ces propositions minables. Quand je lui ai murmuré l’idée d’
Hostel, il m’a dit qu’il trouvait l’idée géniale et que ça avait le potentiel adéquat pour faire un film de malade. Il m’a dit que ça ressemblait à du Takashi Miike et que je ne devais absolument pas passer à côté de l’opportunité. J’ai alors écrit une ébauche du scénario, il l’a lu et m’a donné son feu vert. Il m’a dit que pour que le film fonctionne, il fallait qu’il y ait un aspect réaliste.
Vous avez eu des contraintes en termes de gore ? J’ai lu qu’à l’origine, vous vouliez finir le film de la pire façon qui soit, notamment avec le meurtre d’une petite fille.C’était dans le script d’origine. En fait, ce sont des idées macabres qui sortent quand vous écrivez sans avoir de recul. Les premières personnes qui ont lu le script étaient complètement dévastées au sens propre mais pensaient toutes que ma simple ambition était de choquer le bourgeois. Je me suis dit que ce n’était pas la peine et que je n’avais pas besoin de ça. Mon but n’était pas de mettre en scène le nouveau
Cannibal Holocaust.
Vous aimez Cannibal Holocaust ?C’est mon film préféré au monde. Je suis intimement convaincu que c’est un chef-d’œuvre. Ce n’était pas la peine de refaire un
Cannibal Holocaust parce que le film existe déjà et que c’est très bien ainsi. Pour être franc, je préfère la vraie fin d’
Hostel parce qu’elle est plus cohérente.
Hostel n’est pas un film d’exploitation. Je ne veux pas que le public ait eu l’impression de s’être fait violer pendant mon film. Je veux qu’il passe du bon temps et se marre un bon coup.
Dans Murder Set Pieces, de Nick Palumbro, le film s’achève sur la mort d’une gamine en live. Vous l’avez vu ?Non, mais j’ai entendu comme quoi ce film serait très choquant. Choquer pour choquer ne m’intéresse pas. Vous savez le film qui m’a le plus énervé récemment ? C’est
Funny Games, de Michael Haneke que je hais à un point que vous n’imaginez pas. Pendant tout le film, je me suis demandé ce que je foutais là. A quoi sert ce film ? Pourquoi ces mecs vont dans la maison, buttent le chien, l’enfant, les parents ? Si c’est pour voir un film avec une vraie réflexion sur le serial-killer, autant voir
Henry, portrait d’un tueur en série que je trouve bien supérieur.
Funny Games n’a pas les couilles de
Henry, portrait d’un tueur en série parce que ça, c’est un film qui te secoue et te dérange. On a l’impression qu’Haneke essaye de déranger le spectateur et ça n’a eu strictement aucun effet sur moi. Pour revenir sur
Hostel, je ne voulais pas en rajouter dans le gore et l’horreur parce que je trouve le film suffisamment sanglant comme ça. Et puis je n’ai pas eu à souffrir de la censure, notamment lors des passages les plus abominables. La scène de l’œil par exemple, on ne m’a fait aucune remarque.
Propos recueillis par Romain Le Vern (à Gérardmer)