Jamais le désespoir, la détresse et les recoins sordides de l'âme humaine n'ont trouvé plus brillant interprète que l'écrivain américain Hubert Selby jr. Il a inspiré le cinéma avec
Last exit to Brooklyn de Uli Edel (disponible en DVD) et surtout Darren Aronofsky (de retour avec
The Wrestler le 18 Février) et son puissant
Requiem for a Dream. Il mérite un hommage, de ceux que l'on doit aux grands auteurs.
Il nous a plongés dans des malaises sublimes, sans compromis et souvent sans espoir, auprès de personnages dont on comprend le trouble, mais trop terrifiants et empoisonnés pour qu'on les suive sans éprouver un peu de nausée et de réticence. Ce frisson là est contradictoire et compte parmi les plus profonds que puisse procurer le cinéma ou la littérature. Jamais l'avertissement de Dante à l'entrée des enfers ne fut plus approprié: « Toi qui entre ici, abandonne tout espérance ». C'est ainsi que l'on pénètre dans l'oeuvre de Selby presque à contre coeur, fascinés par sa beauté noire et crue.
Né en 1928 (un an avant la grande dépression, ce qu'il relèvera avec malice), Hubert Selby jr veut suivre d'abord les traces de son paternel admiré et s'engage dans la Marine. Ayant quitté l'école assez tôt, il veut mener une vie d'aventures. Cependant, ses ardeurs sont stoppées lorsqu'il est frappé par la tuberculose et que les médecins le condamnent. Inapte à exercer une activité professionnelle et par élimination, il décide de devenir écrivain. Physiquement diminué, connaissant la maladie et les gouffres de la mort, sa compréhension intime de la souffrance marquera son oeuvre.
Il met six ans à écrire son premier livre,
Last Exit to Brooklyn, recueil de six histoires qui content le destin d'êtres désespérés et damnés, tournant comme des spectres indésirables autour d'un bar. On y croise un homme qui se fait tabasser à mort, un travelo amoureux sans espoir d'un homme à peine sorti de prison, une prostituée, de longues soirées tendues et glauques où cette humanité en perdition tente d'accéder à un peu de paradis en se défonçant aux amphétamines...