S’il est des sujets historiques qui ont été traités sur les soixante dix dernières années avec une rare récurrence, le nazisme en Allemagne en fait indéniablement parti. Avec la sortie d’
Allemagne, mère blafarde, l’occasion nous est donc donnée de replonger dans la riche filmographie qui représente cette période. Et de soulever avec elle, quelques raisons au choix d’une telle époque comme parfaite toile de fond cinématographique. Ainsi, entre films-jalon et récit historique, sera-t-il plus aisé de mieux comprendre pourquoi cette période fascine et pourquoi presque toutes les cinéastes qui comptent, s’y sont intéressés un jour ou l’autre.
« Miroir de l’humanité dans tous ses extrêmes, l’Allemagne nazie cristallise par conséquent tout ce qui fit de l’expansionnisme nazi, l’intolérable et sidérant avilissement d’une épopée sanguinaire, aussi insensée qu’abjecte. »
Un sujet extrême et porteur de mémoires pour tousPour tout amateur d’adaptation historique, le régime nazi a le malheur de rassembler tous les éléments scénaristiques et paroxystiques qui font les sujets forts, les seuls à même de donner un cadre impressionnant à tous les grands films. De
La Liste de Schindler à
La Chute, en passant par Les Croix de fer, L’œuf du serpent ou Sophie Scholl, nombreux sont les métrages à avoir opérer un tel choix en dépit de raisons bien diverses.
En cela donc, l’Allemagne nazie semble être l’arrière-plan idéal à toute fiction dépeignant l’horreur d’une humanité qui succombe à ses plus noires abjections. Mais, tout autant que cet attrait que seul permet l’abime, cette période recèle un autre intérêt : celui d’inscrire tout film qui s’en inspire dans un univers excessif et prompt à l’exacerbation des sentiments, des émotions et des passions. En somme, pour tout scénariste, cinéaste et spectateur, la période qui voit Hitler plaire à des Allemands bouleversés par la crise des années 30 se présente sous des dehors dramaturgiques et tragiques au moins aussi puissants et intenses que les plus inoubliables séquences de l’Histoire antique et médiévale. Que l’on aborde l’époque sous les angles génocidaire, concentrationnaire ou même répressif, xénophobe et propagandiste.
Le souvenir de l’indicible, entre génocide et répression de masse
En effet, ici, point besoin de Guerres de religion ou d’Empire sombrant dans le lucre et les assassinats, l’Allemagne nazie incarne déjà tout cela et plus encore, puisqu’elle donne le visage de l’insupportable à son époque. Celui d’une folie sanguinaire, totalitaire et mégalomaniaque comme seule la modernité a pu la produire jusqu’à aujourd’hui. Outrepassant Néron, Caligula, Attila ou encore Napoléon, Hitler a effectivement su plonger son pays dans les affres d’un racisme systémique où une odieuse hiérarchie des races justifia l’impensable : l’éradication industrielle et planifiée du peuple juif, des tziganes, des homosexuels et des handicapés dans une Europe alors presque entièrement conquise. En cela, la fiction comme le documentaire voués tous deux à perpétuer et déployer la mémoire de l’innommable, ont saisi le sujet à bras le corps et souvent sans faux-semblant. On songe certes à
Shoah de Claude Lanzmann, à
Nuit et Brouillard et à De Nuremberg à Nuremberg de Frédéric Rossif, bien évidemment. Mais, il est tout aussi difficile de ne pas penser à d’autres films comme
Les Faussaires ou Les Damnés de Visconti qui radioscopent la terre de Goethe et auscultent les plaies qu’elle cause.