Spartacus est une oeuvre à part dans la filmographie de
Stanley Kubrick. A l'occasion de sa ressortie au cinéma le 15 juillet, évoquons ce péplum de référence, datant de 1961.
Kirk Douglas y oeuvre en tant que producteur. Il veut s'approprier ce film en engageant un jeune réalisateur qu'il pense pouvoir aisément manipuler (après qu'
Anthony Mann ait été remercié). Les deux hommes ont tourné ensemble
Les Sentiers de la gloire (où leurs relations ont été déjà houleuses). Ces retrouvailles vont sonner le glas de leur collaboration cinématographique, et conforter Kubrick dans son désir de liberté artistique absolue.

Le film est une évocation de l'esclavage et de la première grande figure qui voulut s'en émanciper. On rencontre Spartacus (Kirk Douglas) alors qu'il s'échine sous un soleil de plomb dans une carrière de pierres. Déjà mis au ban pour son insoumission, il est acheté par Batiatus (Peter Ustinov) pour enrichir son école de gladiateurs. Au milieu de sa rude existence faite de soumission et de violence, l'esclave rencontre Varinia (Jean Simmons), l'amour de sa vie. Pour le plaisir d'un dignitaire romain Crassus (Laurence Olivier), Spartacus est contraint de se joindre à une joute à mort. Bientôt, cet homme va s'élever contre l'injustice de sa condition, faisant trembler le grand empire Romain, menant une véritable armée d'esclaves affranchis voulant quitter le pays. L'affaire est grave et remonte jusqu'au Sénat, où l'on assiste aux manigances politiques de Gracchus (Charles Laughton), rival de Crassus. Ce dernier se voit chargé de mater la révolte.Tournage difficileKirk Douglas veut dès le début engager
Stanley Kubrick. Au bout d'une dizaine de jours, après avoir tourné dans la Vallée de la Mort et une partie des scènes de l'école de gladiateurs,
Anthony Mann est en profond désaccord avec l'acteur et se voit congédié. Kubrick de son côté, vient d'être viré par
Marlon Brando avec qui il était en conflit au début du tournage de
la Vengeance aux deux visages. Il accepte donc de tourner cette oeuvre de commande aux côtés de Douglas. L'approche de l'acteur est audacieuse, confiant par exemple le scénario à Dalton Trumbo, blacklisté pendant la chasse aux sorcières du sénateur McCarthy. Il s'agit de composer un grand hymne à la liberté, une fresque fastueuse avec des milliers de figurants, de l'action, de la passion et un héros charismatique, dans la plus pure tradition hollywoodienne.

Spartacus apparaît donc comme le héros par excellence : désintéressé, héroïque et défenseur des opprimés. Dès le début du film, il relève l'un de ses camarades tombé d'épuisement. Il brave l'interdit et l'autorité. A l'école de gladiateurs, il cultive la solidarité plutôt qu'une rivalité à mort à laquelle il est pourtant encouragé. On oppose surtout sa pureté et son idéalisme au cynisme dépravé des Romains, campés par deux grands acteurs (qui ne pouvaient se souffrir sur le tournage) : Laurence Olivier en Crassus sadique, rusé et ambigu sexuellement, et Charles Laughton en Gracchus débauché, calculateur et peu scrupuleux.
Peter Ustinov campe quant à lui avec brio l'archétype du fourbe dont la seule motivation est l'appât du gain. La galerie de seconds rôles est fort intéressante. A bien des égards, ils constituent l'un des grands intérêts du film.