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Interview : Andrei Zviaguintsev (le Bannissement) [page 1]

Par - publié le 05 février 2008 à 05h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 12h50 - 0 commentaire(s)
Après Le Retour, film odyssée aux accents oedipiens, chef d’œuvre qu’on adjectivise intemporel, Andrei Zviaguintsev (il faudra encore du temps pour une prononciation correcte) nous offre son second film, forcément attendu, forcément craint. Le Bannissement fait partie de ces films exigeants, à l’âpreté constatée dès les premiers roulements de bobines, mais qui délivre au final une réflexion juste sur un couple en crise et leur noyau familial qui s’effrite. Un cocon qui implose lentement, entre nature accueillante et cité urbaine décadente. Andrei Zviaguintsev est un formidable portraitiste du genre humain, du genre malade. Celui qui nous ressemble le plus. Entrevue avec un cinéaste russe, timide et sensible. A l’est, du renouveau…


Pouvez-vous nous parler de la construction sonore de votre film ? L'introduction est vraiment saisissante, avec un passage de la campagne et le chant des oiseaux à la ville très agressive...
Quand vous évoquez le chant des oiseaux ou la pluie, c'est pratiquement le silence. Le premier plan dure très longtemps, la voiture vient de très loin, et cet homme qui s'approche de la ville va pénétrer dans un environnement bruyant. Peu à peu, il y a cette musique qui évoque le bruit assez assourdissant de la cité, et qui finalement occulte tous les autres sons. Je voulais créer une atmosphère qui permette aux spectateurs d'être pris par mon film et y rentrer avec mon personnage. Dans ce premier passage, on sent une opposition entre la nature, sensible aux évènements qui vont se dérouler, et la ville nocive pour ces personnages.

Ce malaise semble se perpétuer tout au long du film, comme un fil conducteur angoissant...
Votre réaction de l'ordre du malaise est ce que je recherchais. La ville a quelque chose d'insupportable et après l'opération chirurgicale sauvage, lorsque la balle est extraite du bras de Mark (Alexander Balouiev), cela fait du bien de retrouver la nature. Il fallait marquer le spectateur avec ce qu'il voyait dans la ville et ne plus le lâcher jusqu'à la fin du film.


Comme dans Le Retour, les personnages quittent l'urbain pour la campagne, pour se retrouver. Pensez-vous qu'il faille échapper à son quotidien, fuir vers un ailleurs, pour pouvoir communiquer à nouveau et résoudre une crise familiale ?
L'essentiel dans ce film, c'est l'idée qu'un homme et une femme, pour se retrouver eux-mêmes, s'échappent dans la nature pour être plus vrais. Le scénario s'inspire d'une nouvelle de William Saroyan (Matière A Rire) et cet élément n'est pas une idée personnelle. La société implique de jouer un rôle pour les êtres humains. Quitter la ville est une façon de faire tomber les masques...


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