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Interview : Ariane Michel (les Hommes) [page 4]

Par David A. - publié le 12 juin 2008 à 05h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h26 - 0 commentaire(s)
L’une des frustrations du film, c’est de ne pas y être nous mêmes au Groenland.
C’est pour cela qu’avec mon œuvre suivante, The screening (2007) j’ai emmené les gens dans la forêt. Une projection d’un film sur un écran disposé au cœur des bois, un film sur les animaux qui regardent les hommes qui regardent un film ! J’avais besoin de fabriquer une expérience physique entre le public et le film même.

Dans Les hommes, les paysages et le temps géologique dominent, il y a un rapport écrasant et pourtant vous laissez aux hommes trouver leur place.
Ils savent trouver leur place.

A la fin vous terminez votre film avec l’archéologue qui parle, qui nous fait part de réflexions scientifiques et philosophiques, voir même de métaphysiques. Il décrit quelque chose qui s’est passé il y a des milliers d’années, des choses ignorées, la présence de l’homme dans des temps reculés.
A la fin du film je voulais que l’on se rapproche de l’être humain. Il me semblait que l’on ne pouvait pas rester sur une sorte de truc qui était de voir les hommes comme de drôles de bêtes, j’avais envi que le film parte de là mais aille ailleurs. Quelque fois on me reproche cette prise de parole à la fin mais pour moi c’est l’aboutissement du film. Il fallait que je restitue aux humains ce qu’ils sont. Je ne me sentais pas le droit de leur enlever totalement leur humanité.

En ce moment il y a de nombreux films qui portent sur l’écologie. Même si votre film ne prend pas comme piste le militantisme écologique, on ressent cette considération de façon très subtile…
Oui en effet ce n’était pas le propos du film. Il n’y a pas de démonstration vis à vis de cela. Ce qui m’intéresse c’est le rapport que chacun entretien avec le monde naturel et avec l’idée que chacun a de sa propre place. Il n’y a pas de volonté de donner des leçons. Puis c’est une relation très immédiate, très émotionnelle, surtout depuis ce voyage au Groenland. J’ai l’impression d’être passée de l’autre côté du miroir, au pays des morts en quelque sorte. C’est comme le styx. Un pays d’âmes errantes. Il n’y a aucune trace humaine, aucun moyen de se projeter. Quelqu’un m’a parlé d’un mot allemand : sehnsucht. Ce serait la sensation que les choses sont entrain de disparaître, que c’est la dernière fois qu’on les voit.

C’est du vocabulaire romantique…
Oui, c’est quelque chose que j’éprouve vraiment depuis ce voyage. Je trouve l’homme très arrogant, très anthropocentrique. C’est peut-être ce qui nous fait le plus de mal.

Votre film installe cette humilité.
Je n’essaye pas de donner de leçon mais oui, on peut le voir ainsi.

Propos recueillis par David A.
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