L'interview a lieu dans un hôtel Parisien. Temps pluvieux, atmosphère mélancolique. La belle Italienne semble fatiguée. On lui dit d'entrée qu'on aime beaucoup sa composition dans le dernier film de Olivier Assayas. Elle a l'air surprise, arborant la mine d'une star blasée qui ne croit plus trop aux compliments hypocrites de ce milieu. Conciliante, elle écoute ce qu'on veut lui dire. Sourit. Se dévoile enfin. C'est visiblement une sale journée pour elle. Une bonne pour nous. Elle s'est montrée naturelle, comme on la connaît que trop peu. Dans
Boarding Gate, beau film sensuel qui a visiblement mal vécu son accueil tiédasse au dernier festival de Cannes, Asia Argento est de tous les plans. Sexy lorsqu’elle tente de raviver un désir en demandant à son partenaire de répéter le même mot en prenant une posture lascive. Dominatrice lorsqu’elle s’empare du corps de son partenaire dans une étreinte sadomasochiste à l’érotisme troublant. Touchante lorsqu’elle exprime le poids de la trahison sur son visage devenu sec et aride comme le désert. C’est l'actrice faite film. Après avoir confié un rôle en or à Maggie Cheung dans
Clean, le cinéaste français réitère l’exploit avec l’actrice italienne en troquant son image d’ange noir hystérique pour celle d'une héroïne blessée de tragédie moderne. Elle est l’âme vitale de ce songe à la fois tourmenté et intense.
Interview sensible et intime avec une âme fragile.
Dans Boarding Gate, tu es incroyablement sexy. Ça vient du scénario. Mon personnage était écrit comme ça. Dans la première partie du film, je ne me trouve pas belle. De toute façon, je ne me trouve jamais belle. Dans la seconde partie, j’ai un visage fatigué, laminé. On ressent la fatigue de mon personnage.
Tu connaissais les acteurs avec lesquels tu allais jouer? Je connaissais Alex Descas. Je l’avais repéré dans les films de Claire Denis. Notamment
J’ai pas sommeil et
Trouble Every Day. Je savais qui était Michael Madsen. En revanche, je ne connaissais aucun des acteurs asiatiques.
La bande-son du film est excellente. Tu y as participé?
Non, pas du tout. Je ne savais pas quelle musique Olivier Assayas souhaitait pour son film. Même Olivier quand il tournait le film ne savait pas quels morceaux il voulait. Lui-même, il disait sur le tournage que c’était la première fois que ça lui arrivait.
En ce moment, tu écoutes quoi?
Actuellement, je suis fan de Lou Christie, un chanteur des années 50. Un artiste obscur parce qu’il n’est pas connu. Sa musique est joviale mais elle cache quelque chose de très mélancolique. Personne n’imagine que j’adore Bobby Vinton. Rien ne me plaît plus que les crooners qui chantent des histoires d’amour tristes.
Est-ce que tu aimes le folk?
Je ne déteste pas. Je le place au même niveau que la country. Ce sont des genres que j’apprécie, sans réellement les connaître. Le seul style de musique que je déteste, c’est le r’n’b, notamment celui des années 90, et l’eurodance commerciale comme David Guetta en fait aujourd’hui. Enfin, je dis David Guetta mais je ne connais même pas la musique de David Guetta. En fait, quand j’essaye d’expliquer à une personne le genre de musique que je n’aime pas, elle m’a dit: «comme David Guetta». J’aime bien la musique «boom boom», c’est pas la question. J’en passe moi-même en tant que dj. Mais toute la dance qui rime avec commercial, je ne suis pas fan. La dance d’aujourd’hui car la dance d’avant a des qualités. C’est comme le disco aujourd’hui. Je préfère le disco des années 80.