Par Caroline & Elodie Leroy - publié le 24 juin 2005 à 11h04 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h30 - 0 commentaire(s)
A l'occasion de la sortie de le seconde vague de titres de la collection Asian Star sous la bannière de Pathé, nous avons rencontré Jean-Pierre Dionnet, responsable éditorial du label. Cinéphile boulimique de cinéma, Jean-Pierre Dionnet est à l'origine de cette collection qui proposera une centaine de titres sous la bannière de Pathé, dont une vingtaine déjà parus. Impliqué dans le monde du DVD depuis quelques années à travers d'autres collections, il se lance ici dans un pari fou ressemblant à une démocratisation du cinéma asiatique.

Cette interview est interactive. Durant toute la journée, Jean-Pierre Dionnet (à l'emploi du temps chargé) et son équipe d'Asian Star répondront à vos questions dans le forum ci-dessous. Pour y participer, il vous suffit de posséder un compte sur le forum, ne nécessitant qu'un pseudonyme et une adresse mail valide (l'inscription se fait en cinq minutes).


Qu’est-ce qui vous a motivé à démarrer une nouvelle collection de DVD sur le cinéma asiatique ? Quel est son positionnement par rapport aux autres, que ce soit par rapport à la collection Asian Classics que vous aviez dirigés précédemment, ou encore la collection HK Vidéo ?
Un énorme travail a été réalisé depuis très longtemps par des maisons qui ont trouvé leur créneau : il y a CTV qui a sorti Histoires de Fantômes Chinois, ainsi que Christophe Gans dont j’ai acheté les grands boîtiers au début. C’est d’ailleurs grâce à lui que j’ai découvert L’Enfer des Armes de Tsui Hark. Il y a aussi Ocean qui fait du bon boulot. Je rappelle tout cela parce qu’ensuite il y a eu les "Johnny come lately", les poulidors qui se sont mis à l’Asie en pensant que c’était un eldorado et qui déchantent à présent les uns après les autres. Ce sont des gens qui n’ont jamais été très fans de l’Asie, comme par exemple Manuel Chiche que j’ai connu à Studio Canal – il ne valait mieux pas qu’il sorte les Kitano ! De mon côté, je faisais mon boulot au studio, mais celui-ci achetait peu puisqu’il était orienté vers la production française. Jusqu’au moment où il a totalement cessé d’acheter. Je me suis donc retrouvé avec des films sur les bras dont je ne savais que faire. Une autre chose m’a gêné, c’est qu’ils avaient aussi les droits de huit films de Miyazaki, qu’ils ont revendu pour presque rien. Mais à cette époque, le Studio avait des ennuis. C’est à ce moment là que je me suis souvenu qu’aux débuts de Studio Canal, l’homme qui m’avait laissé aller chercher ces films, c’était Olivier Granier. Or entre temps - ça tombait bien - il était devenu patron de Pathé International. J’ai repris contact avec lui et on a recommencé à acheter des films asiatiques. Je l’ai prévenu que je pensais qu’il y avait de la place à la fois pour les films d’art et d’essai à un bout et pour les gros films commerciaux à l’autre bout. Pour ces derniers, il fallait faire des sorties à la Ong Bak. Et puis il y avait ceux qui se situaient au milieu : les films commerciaux que l’on pouvait sortir en salles n’étant pas si nombreux, j’ai suggéré de se tourner vers le DVD. C’est ainsi que tout a commencé.


A Man Called Hero

Quels sont vos critères pour décider si vous allez sortir un film en salles ou directement en DVD ?
Quand j’achète un film, je ne sais pas si je vais le sortir en DVD ou en salles. J’ai acheté six Johnnie To par exemple, mais il me paraît difficile de sortir un film comme Running on Karma en salles parce qu’il mélange trop les genres. De même, cela m’étonnerait que j’arrive à imposer Yesterday Once More, qui est pourtant une magnifique comédie romantique. En revanche, il me semble évident que je peux sortir PTU sur grand écran. Mais je pense qu’il ne faut pas se poser trop de question, et d’ailleurs je sors directement en DVD Bad Guy de Kim Ki Duk. A ce titre, je rends hommage à Christophe Gans. Il m’a lui-même rendu hommage lorsqu’il a dit qu’il n’avait pas vu venir la Corée car justement, moi, je l’avais vu venir. A présent, tout le monde se rue sur la Corée alors qu’il me semble que la Corée redescend un peu.

Vous sortez des titres en provenance de toute l’Asie, est-ce que vous souhaitez privilégier certains pays ?
En fait, je préfère rester sur l’ensemble de l’Asie. Je suis un mercenaire de l’Asie : j’ai été à Hong Kong à la grande époque, puis je suis allé au Japon quand sont arrivés les Miike et les Kiyoshi Kurosawa, et ensuite je suis allé voir en Corée. Actuellement, je mets toujours des espoirs dans la Corée, mais sur le long terme je m’intéresse beaucoup à la Thaïlande. Par ailleurs, je suis très surpris par l’émergence soudaine d’un cinéma génial en provenance de Chine continentale et je sens que je vais surveiller cela de près. Et il y a aussi Hong Kong qui est revenu d’un coup. A côté de cela, il a des cinémas sous perfusion : Taiwan ne vit que de l’argent étranger et des coproductions, et c’est dommage. En revanche, je n’ai pas été très convaincu par ce que j’ai vu en provenance de Singapour. Mais j’ai vu deux ou trois films d’horreur hindous très sympathiques, qui me donnent à penser que quelque chose se passe là aussi. Ces films ne ressemblent pas à du Bollywood... le casier kitsch dans lequel est enfermé le cinéma Bollywood me gêne. Le cinéma classique hindou était formidable, j’ai été un fou de Mehboob Khan à l’époque de Mother India et je regrette qu’on ait perdu ça. Quant aux films de Raj Kapoor, ils étaient d’une violence incroyable.

La Terroriste de Santosh Sivan vient de sortir en DVD, et c’est effectivement très différent de ce qui se fait à Bollywood.
Le cinéma indien est très dynamique !


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