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Interview Carriere : George A. Romero - Part.2 [page 3]

Par Florent Kretz - publié le 02 juin 2008 à 03h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h15 - 0 commentaire(s)
Vous avez délaissé définitivement la traditionnelle pellicule pour cet épisode…
Tout a été tourné en haute définition. Et finalement tous les différents supports qui sont exposés ont toujours été travaillés avec le même matériel. Pour donner l’impression d’un téléphone portable, d’une caméra DV ou autre, il nous suffisait de changer la résolution par exemple. Nous n’avions pas le temps matériel de travailler avec différents supports et de les assembler ensuite donc nous avons opté pour la mise d’effets en post production. J’adore travailler en HD. Cela permet d’avoir un résultat quasi instantané et on peut retravailler aussitôt dessus que ce soit la colorimétrie que l’on fait varier, les lumières que l’on retouche et on peut même coller dessus des effets surprenants. C’est merveilleux : à peine la séquence tournée que l’on peut déjà la retoucher et jouer avec les images. Bien sûr, ma préférence va vers le travail plus traditionnel. Par exemple, je suis un fanatique des effets spéciaux et le gore pour moi est l’une des choses les plus amusantes qui soit : j’aime que ça explose, que ça éclabousse et qu’il y en ait partout. Cependant lorsque l’on voit que pour une balle dans la tête faite traditionnellement cela représente plusieurs heures de travail, plusieurs prises et un temps précieux perdu en nettoyage et qu’en HD, on tourne le plan sans sang ou impact et qu’en vingt minutes, on a toute notre image recouverte d’hémoglobine, on ne peut qu’apprécier la facilité que nous offre cette technologie.


Il semble y avoir une ressemblance troublante entre vous et le personnage du professeur de réalisation dans le film…
Hey ! Je ne suis pas alcoolique (rires) ! C’est vrai que c’est la première fois qu’un personnage était vraiment mon alter ego dans le film. Nous sommes bien éloignés l’un de l’autre mais l’idée est là. Il n’est plus tout jeune, donne des conseils, ce que je fais lorsque je donne des cours, et dans le film lorsque mon histoire passe par un cours de montage. Mais nous sommes tous deux très différents. Par exemple je ne possède pas cette faculté qu’il a de se comporter héroïquement et je ne pense pas que j’aurais autant de cran que lui. Je l’ai un peu embelli pour l’occasion. Cependant le personnage de ma filmographie qui est le plus proche de moi et qui me ressemble le plus est le personnage de Ed Harris dans Knightriders qui reste un de mes films les plus personnels. Mais même si ces deux personnages sont proches de moi, ils ne me remplacent pas pour autant puisque je fais quelques apparitions dans mes films. Dans celui-ci, il était par exemple très drôle d’apparaître sous la forme d’un policier annonçant officiellement que tout ceci n’est qu’un canular et qu’il n’y a pas à s’inquiéter, que la crise est passée !

La fin est relativement ouverte et appelle une suite…
Le film a été réalisé avec un si petit budget que lorsque nous l’avons terminé, rien qu’avec les pré ventes pour l’Europe, il avait été amorti. A Toronto, les frères Weinstein l’ont aussitôt acheté, l’ont distribué aux Etats-Unis et l’on relativement bien rentabilisé. Et vous savez, à Hollywood, lorsqu’un film accumule beaucoup d’argent, on parle immédiatement d’une suite… Il est vrai que le film ne se clôture pas d’une manière traditionnelle puisqu’il ne boucle pas l’histoire et finalement laisse quelques personnages face à encore un tas de problèmes… Cependant il me semble que l’intrigue arrivée à ce point se suffisait à elle-même. Donc une suite est en effet envisageable mais pour ma part, pour l’instant, personne n’est venu me voir et je ne vois donc pas de raison qui ferait que je m’y attelle dès maintenant. Quand quelqu’un viendra avec un chèque, on verra bien mais en attendant il est hors de question d’une suite malgré cette fin relativement ouverte. Et de toute façon, en tant que scénariste, j’étais en grève il y a encore quelques semaines et je n’ai donc absolument pas pensé à l’intrigue d’une séquelle. Evidemment j’ai quelques idées, quelques envies mais pour l’instant rien de très sérieux. Mais de vraies questions se posent comme « est-ce que je garde ma caméra subjective ou est-ce que je reviens à une caméra objective ? » par exemple.


Le film se clôture sur cette question : « Méritons nous d’être sauvés ? ». Quel est votre avis ?
L’homme mérite définitivement d’être sauvé. Ce que j’ai essayé d’élaborer dans mon film est de dévoiler la véritable motivation de Jason : filmer l’horreur est avant tout une manière d’aider les autres, il se sert de sa caméra comme une arme pour le salut. Bien sûr, il se prend bientôt au jeu de sélectionner et de monter ses plans et la réalité est détournée, tronquée mais cela part vraiment d’une bonne intention. Pourtant le film dans sa forme définitive est celui de Deborah qui nous l’a dramatisé volontairement et la question dont vous me parlez « l’homme mérite-t-il d’être sauvé » est sa principale interrogation suite aux aventures qu’elle a vécu et bien entendu ses sentiments se sont vus influencés par le comportement des personnes qu’elle a croisées. Ses propres réactions l’ont horrifiée même si celles-ci semblaient relativement justifiées… Aussi lorsqu’elle pose cette fameuse question avec pour image ce plan si terrible, elle impose un certain point de vue : elle tente d’emmener le spectateur avec elle. Pour ma part, il semble évident que je suis une sorte d’optimiste, je souhaite que les personnages s’en sortent et chacun de mes films consacrés aux morts vivants, excepté le premier, possèdent une sorte de happy end… J’ai l’intime conviction que l’homme, malgré ses erreurs doit connaître le salut, cependant il doit l’obtenir après avoir pris conscience du reste…

Propos recueillis par Florent Kretz
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