Pour leur premier film en duo, les frères Malandrin ont puisé leur inspiration dérangée chez David Lynch et Roman Polanski, et déplacé leur thriller mental sur leurs terres, belges. Perchée en haut de la Basilique de Bruxelles, Eva scrute l'horizon, prête à sauter. Entraînée par un père très sévère, la championne de plongeon a l'habitude du vide. Mais un terrible accident, lors d'une compétition, va la plonger dans le coma puis, à son réveil, faire vaciller son quotidien. Où est passé son frère Mathias ? Qui sont ces hommes qui la poursuivent, à la recherche d'une main ?
Où est la main de l'homme sans tête. Une oeuvre étonnante, bien loin des productions actuelles. A l'occasion de sa sortie en salles, nous sommes allés à la rencontre d'un réalisateur sur deux, Guillaume Malandrin, et de son héroïne principale,
Cécile de France.
Alors je sais que l'on vous pose toujours cette question, mais pourquoi un tel titre ? Guillaume Malandrin : Le titre permet de comprendre qu'il s'agit d'un film étrange, dont le sens n'est pas forcément évident au premier coup d'oeil. Il faut chercher un peu dans sa tête. Et puis généralement, le titre est donné par les responsables de la promotion, du marketing, etc... qui veulent quelque chose de « flashy », simple, court, afin que les spectateurs puissent le retenir plus facilement, sans effort. Mais nous, non. On a préféré choisir un titre long, compliqué, difficile à retenir...
Cécile de France : D'ailleurs, son premier film s'appelait déjà
Ça m'est égal si demain n'arrive pas...
Guillaume Malandrin : Je fais des films qui demandent aux spectateurs un certain effort. Pour moi, le cinéma, c'est un échange. J'ai travaillé, donc maintenant c'est votre tour. (
Rires)
Mais n'avez-vous pas peur qu'il soit légèrement déstabilisant et risque d'effrayer le public ?Guillaume Malandrin : Si, si, mais c'est bien, justement. Effrayer, je n'espère pas, mais déstabiliser, c'est le but. Après, il faut juste que les gens soient suffisamment curieux et se disent qu'une chose intéressante se cache peut-être derrière...
Comment êtes-vous arrivée sur ce projet ?Cécile de France : J'ai lu le scénario, c'était en 2001. Et j'en suis tout de suite tombée amoureuse. Je l'ai lu d'une traite, il était tellement palpitant, angoissant... Puis surtout, ce mélange de thriller, de drame, et parfois même de fantastique, m'a littéralement séduit. C'est déjà suffisamment rare en France de lire un scénario dans lequel apparaît le subconscient d'un personnage. C'est ce que j'aime aussi dans les films de David Lynch, où l'on ne sait pas très bien ce qui est vrai, ce qui ne l'est pas et ce qui est absurde. C'est ce qui fait partie du rêve, de l'onirique. C'est très riche et c'est bien de se servir de l'image cinématographique pour réveiller tout cela en nous. Enfin, ce qui m'a aussi décidé à accepter le projet, c'est l'aspect dramatique de l'histoire. Il est question d'une famille, des rapports entre un père et sa fille, et du cheminement de celle-ci. Elle va se libérer de l'emprise de son père pour devenir une vraie femme à part entière. C'est un moment décisif dans sa vie. Elle finit par devenir elle-même après avoir été « l'objet » de son père, une espèce d'icône à l'intérieur duquel elle était enfermée. Et la sortie ne se fera pas sans douleur ni terreur. Mais c'est là l'intérêt d'un tel personnage aussi complexe. Le fait aussi qu'elle soit une sportive de haut niveau, spécialisée en natation et en saut. Symboliquement, l'image est très forte. Quand elle va au fond de l'eau, elle va aussi au plus profond d'elle-même, pour ensuite remonter à la surface et renaître, comme un bébé qui sortirait du ventre de sa mère en criant. Ce sont toutes ces couches qui m'ont donné envie de faire ce film. La lecture du scénario a été un vrai plaisir pour moi, il a vraiment fait battre mon coeur. Et ça n'arrive pas si souvent. Guillaume et son frère Stéphane ont un univers très original et très fort. Ils n'ont pas peur d'oser.