Né en 1952, Chen Kaige fait partie de la "cinquième génération" de réalisateurs chinois et joue dès les années 80 un rôle de premier plan dans le renouveau du cinéma de l'Empire du Milieu.
A travers ses premiers longs métrages, tels que
Terre Jaune (1984),
Le Roi des Enfants (1987) et
La Vie Sur Un Fil (1991), le réalisateur impose immédiatement une vision critique de la société chinoise et notamment de la sombre période de la Révolution Culturelle. Il poursuit dans cette voie avec le film qui le révèle au monde entier : le chef d'œuvre
Adieu Ma Concubine, qui lui vaut une Palme d'Or à Cannes en 1993. Adapté du roman éponyme de Lilian Lee,
Adieu Ma Concubine dépeignait les bouleversements de la Chine entre 1920 et 1970 à travers le destin de deux acteurs de l'opéra de Pékin et d'une courtisane. Chen Kaige prenait quelques judicieuses libertés par rapport à l'histoire originale en livrant des personnages plus flamboyants et en proposant une vision moins noire de la nature humaine.
Adieu Ma Concubine est aussi l'occasion pour Chen Kaige de sublimer le talent de ses interprètes, en particulier celui du regretté Leslie Cheung. Quelques années plus tard, Chen Kaige reprend partiellement le même casting que celui de
Adieu Ma Concubine dans le troublant
Temptress Moon (1996), qui se déroule dans le Shanghaï des années 20 et dans lequel on retrouve Leslie Cheung et Gong Li dans des scènes sulfureuses.
Si Chen Kaige semble alors avant tout montrer un intérêt pour l'époque contemporaine,
L'Empereur et l'Assassin change radicalement de contexte pour nous plonger aux temps du règne du Premier Empereur Qin Shi Huangdi (-221 à -206). On attendait une fresque historique ponctuée de batailles impressionnantes et au lieu de cela, on découvre avec surprise une œuvre intimiste, centrée sur des personnages fascinants qui entretiennent des relations complexes. Le métrage surprend aussi par la vision qu'il renvoie du Premier Empereur, brillamment interprété par Li Xue-Jian. Figure emblématique de l'Histoire de Chine à laquelle même Mao fit en son temps référence, le Premier Empereur incarne aux yeux de bon nombre de Chinois la toute puissance de la nation unifiée. On devine le choc que la vision proposée par Chen Kaige à travers
L'Empereur et l'Assassin a pu causer : le film dresse le portrait d'un homme tourmenté, vulnérable, à la limite de la folie. La sublime Gong Li fait encore une fois partie de la somptueuse distribution, dans laquelle on retrouve aussi l'excellent Zhang Fengyi (le Roi dans
Adieu Ma Concubine).
TEMPTRESS MOONAprès avoir réalisé le court métrage
Trumpet dans
Ten Minutes Older, qui annonce déjà ses ambitions internationales, Chen Kaige tente sa chance aux Etats-Unis où il signe
Feu et Glace, un thriller érotique avec Heather Graham et Joseph Fiennes. Le résultat est cependant loin de remporter l'adhésion et le réalisateur revient heureusement l'année d'après dans son pays natal où il s'attelle à la réalisation de
L'Enfant au Violon, qui raconte l'apprentissage de la vie d'un jeune prodige de la musique. Ce long métrage marque sa première collaboration avec l'actrice et productrice Chen Hong, qui deviendra plus tard son épouse et que l'on reverra dans
Wu Ji, La Légende des Cavaliers du Vent dans la rôle de la Déesse Manshen.
WU JI, LA LEGENDE DES CAVALIERS DU VENTA l'image de ses compatriote Zhang Yimou et Feng Xiaogang, autres cinéastes de la cinquième génération, Chen Kaige explore à présent lui aussi le genre de la fresque épique à gros budget. Mais tout comme il avait étonné avec
L'Empereur et l'Assassin, Chen Kaige surprend une fois de plus en faisant de
Wu Ji, La Légende des Cavaliers du Vent une fable sur la vie plutôt qu'un film d'arts martiaux. L'histoire est encore une fois centrée sur les personnages, bien que l'ambition soit très différente de l'œuvre précédemment citée puisque les protagonistes se rencontrent dans un univers mythologique imaginaire. Impressionnant par sa composition graphique,
Wu Ji, La Légende des Cavaliers du Vent a quelque chose de paradoxal : le film semble destiné au marché mondial, ce dont atteste son casting imposant de stars venues de différents horizons asiatiques, mais n'en est pas moins imprégné de valeurs philosophiques très chinoises – peut-être trop chinoises pour être comprises dans le monde entier. Pourtant, si l'on écoute attentivement les paroles de la Déesse Manshen, tout s'éclaire sur le message en fin de compte très actuel et très universel de l'œuvre...
Portrait par Elodie LeroyNous avons eu la chance de rencontrer Chen Kaige au dernier Festival du Film Asiatique de Deauville, où il était de passage afin d'assister à l'hommage qui lui était rendu. Rendez-vous en page suivante pour découvrir l'entretien que nous avons eu avec le cinéaste…