- Dans une scène en particulier, le spectateur voit les mains très abîmées de Jenny. Puis à un moment elle commence à en prendre soin comme le lui a conseillé Traude. J'y vois une intersection entre la violence et la féminité, de façon progressive. Dans les mains de la jeune prodige se rencontrent ces deux thèmes que j'évoquais à l'instant, on y trouve à la fois l'agressivité et la douceur...Tout le script marche de cette façon. A la fin la vielle dame lui dit combien Jenny a de merveilleuses mains. La beauté des mains est aussi une sorte de métaphore des progrès de Jenny au piano. Il y a beaucoup de sens là-dedans, beaucoup de connotation. Ce n'est pas nécessaire de le remarquer pour comprendre le film, mais il y a plein de petites choses autour de la figure des mains.
- A un moment les co-détenues lui brûlent la main. Que vouliez-vous dire par cette scène? Qu'elle ne peut échapper à l'univers carcéral malgré son talent?Tout d'abord, scénaristiquement, les co-détenues veulent l'empêcher de participer au concours de piano. Mais c'est aussi une partie de l'histoire de ses mains. la violence n'empêchera pas ces mains de produire de la musique.
- Mais est-ce une prémonition qu'elle ne pourra jamais quitter sa condition de détenue? Que ses mains resteront entravées quoi qu'il arrive?Je vous laisse libre de votre interprétation. Je n'avez pas ça en tête cependant.
- Le travail du son prend une place prépondérante dans le film, dès les premières secondes avant que n'apparaisse l'image. Les sons de la prison, les échos, le vide, etc. Comment avez-vous trouvez l'équilibre entre les effets sonores, liès à l'univers carcéral, et la musique, en complète contradiction avec cet univers (les musiques sont de Beethoven, de Schumann et de Schubert)?La bande-son nous a demandé cinq mois de travail. Cela a impliqué pas mal de monde, entre l'ingénieur son, le compositeur, le monteur-son et même la personne qui me proposait de la musique classique, tous les jours. Mon souci premier a été cet équilibre justement, entre les effets sonores, les dialogues et les musiques. Cet équilibre est extrêmement compliqué à atteindre. La bande-son nous permet de caractériser davantage les personnages. Par exemple pour amplifier l'antagonisme entre Traude et Jenny, le thème de la vieille femme est une musique de Schubert, l'impromptu en la mineur, très classique et très calme, un morceau pour les puristes. Celui de Jenny au contraire est un thème spécialement composé pour le film, par Annette Focks, un morceau très dynamique qui mélange plusieurs sources et influences, un morceau très libre dans l'exécution, plus à l'image de la jeune femme révoltée.
Je tiens à remercier tout particulièrement Franck Garbarz pour son aide à la traduction.