Alors que
Marching Band sort mercredi 5 août, son réalisateur, Claude Miller, nous a accordé de son temps pour évoquer avec nous son dernier film, ses envies mais aussi le cinéma d’aujourd’hui. Une belle rencontre révélatrice d’un talent immense et d’un regard à nulle autre pareil sur le cinéma.
D’où vous est venue l’idée de Marching Band ? Quelles étaient vos intentions initiales ?Le point de départ de
Marching Band vient de loin et remonte bien avant les élections américaines et les idées qui auraient pu en découler. Je connais les marching bands depuis toujours mais par le cinéma et j’adore ça. J’ai toujours trouvé que c’était très cinématographique et j’avais envie de les filmer. C’est tout. Pourtant, je ne suis pas documentariste et je me voyais encore moins faire un film documentaire sur quelque chose d’aussi particulier, d’aussi américain. Je pouvais tourner un court-métrage, voire un long-métrage mais il n’amuserait peut-être que moi et quelques étudiants ou personnes étant parties là-bas. Je n’avais donc pas de sujet mais j’avais le désir de les filmer, comme une sorte de fantasme.
Et puis est arrivé cet événement dont vous avez entendu parler et qui semblait annoncé dès que l’on s’intéresse un peu à la vie du monde (NDLR – L’élection de Barack Obama). On l’attendait avec une certaine impatience, surtout vu le contexte de fin de mandat de Bush et tout ce qui s’en suivait. Et un jour, je ne sais plus comment cela s’est fait, j’ai relié les deux idées, sans toutefois être tenté par une approche essentiellement politique de la question des élections américaines - comme tout citoyen conscient et attentif au monde dans lequel il vit, j’étais simplement passionné par ce qui allait se passer.
Les marching bands, c’est la jeunesse, ce sont les adultes de demain, les futurs citoyens américains. Que pensent-ils de la politique ? S’y intéressent-ils ? On dit souvent que les jeunes français s’intéressent moins à la politique que les gens de ma génération et que les jeunes américains s’en préoccupent encore moins, était-ce vrai ? Pourtant, quelque chose d’énorme se passait et l’on se demandait qui allait succéder à George W Bush et reprendre le leadership du monde, etc. J’avais mon sujet ! J’allais filmer les marching bands et savoir ce qu’ils pensent de la politique, pour qui ils penchent et comment…

Pourquoi la Virginie comme lieu de tournage ? La Virginie, c’est circonstancielle. Il existe depuis une dizaine d’années à Richmond - la capitale de l’Etat - un festival de cinéma français formidable. J’y suis régulièrement invité avec mes films et je m’y suis fait des amis intimes, notamment des universitaires et professeurs de français de la faculté de Richmond. Je leur ai alors demandé s’ils y avaient des marching bands en Virginie et s’ils pouvaient m’ouvrir quelques portes puisque l’Université de Richmond n’en a pas. Ils ont accepté et c’est ainsi que j’ai pu accéder au marching band de l’UVA, l’Université de Virginie à Charlottesville et à celui très différent de l’Université afro-américaine de Petersburg. Par ailleurs, la Virginie avait un autre attrait puisque lors des dernières élections, l’Etat vote traditionnellement républicain. Je pensais alors que les afro-américains allaient être massivement démocrates et que les autres étudiants, ceux d’UVA, plus nantis, plus bourgeois allaient davantage voter pour les républicains. Je me trompais.