Il y a quelques temps, on découvrait une curiosité norvégienne nommée
L'Art de la pensée négative (sortie le 26 Novembre). C'est un véritable petit bijou de politiquement incorrect et d'humour noir comme on en voit beaucoup trop rarement de nos jours. Une rencontre avec son réalisateur Bard Breien s'imposait. Dans le petit salon d'un hôtel près de la Sorbonne, il arriva, détendu et affable pour ce qui s'avéra être une conversation passionnante. L'homme était curieux de savoir comment était reçu son film. Faisons donc la connaissance d'un réalisateur norvégien plein d'humour, dont la première oeuvre audacieuse nous a ravis.
C'est un film que l'on attendait depuis longtemps sur les handicapés car, une fois n'est pas coutume, vous ne les présentez pas comme des héros exemplaires. Quelles ont été les réactions devant ce scénario ?En Norvège, tous ceux qui ont lu le script me disaient que je ne pouvais pas faire ce film. Mais mes producteurs et moi pensions que c'était précisément la chose à faire, arrêter d'être gentils tout le temps. Mais le sujet du film n'est finalement pas le handicap, mais la souffrance, le désespoir et la façon d'y faire face.
Quelles ont été vos inspirations, qu'est ce qui a été le déclencheur de ce film ?J'étais probablement énervé et en colère sur cette façon de sourire tout le temps, par ces gens qui tentent d'être parfaits. Pour envoyer tout ça au diable. Il n'y a pas à être si parfaits. On est tous malheureux, misérables, plein de défauts.
Quelle est cette méthode de pensée positive qui vous sert de base ?Cette méthode est très populaire en Norvège actuellement. Elle vient des Etats Unis. Elle a du succès dans pas mal de pays. Il s'agit de se concentrer sur les solutions et les possibilités. Mon amie est infirmière en psychiatrie et elle l'a apprise et l'utilise. Cette méthode est efficace mais totalement superficielle. Ce n'est pas seulement mauvais, c'est inapproprié quand vous avez de vrais problèmes. En un sens, il s'agit de nier les problèmes plutôt que de les affronter. C'est l'exact opposé de la psychanalyse. Ne pas se concentrer sur ses problèmes et seulement chercher des solutions. C'est assez malin d'un côté. Mais quand on a des troubles psychologiques profonds et sérieux, on ne peut que se concentrer dessus...
Et Geirr, votre héros, est profondément dépressif.Il l'est oui. Il est même piégé dans sa propre dépression, comme dans cette chambre dont il ne veut pas sortir. Il est totalement effrayé par sa relation avec sa compagne, car leur amour bat de l'aile et il y a également le sexe qui pose problème. Il porte un masque, celui de sa dépression et de sa peur, il n'ose pas sourire, il n'ose pas faire face à la vie. Je l'ai toujours envisagé comme un héros comique un peu ridicule. Au fond, il sait qu'il est allé trop loin et que tout ça est totalement idiot. Il n'ose même plus aimer sa femme.