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Interview De Jiang Wen (le Soleil Se Leve Aussi) [page 1]

Par - publié le 13 août 2008 à 05h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 17h17 - 0 commentaire(s)
En interview, lorsqu’on lui pose des questions sur ses problèmes personnels et la politique culturelle de son pays, Jiang Wen, le réalisateur du Soleil se lève aussi reste allusif et refuse que l’on évalue les qualités éventuelles de son film en fonction de ses soucis avec la censure. D’ailleurs, il ne manque pas de souligner que certains de ses collègues se font parfois une jolie pub démago en adoptant la posture du résistant. Né d’un père militaire et d’une prof, cet admirateur fanatique de Fellini et de Scorsese a passé son enfance à la campagne où les discussions des anciens tournaient le plus souvent autour des méfaits de l’occupation japonaise. Cette anecdote personnelle sert de prémisses aux si essentiels Démons à ma porte, un uppercut qui a beaucoup fait parler de lui par sa forme (noir et blanc, mise en scène sous amphétamines), son fond (critique et parodie tous azimuts) et surtout ses soucis avec les autorités de Pékin dès le début du projet. En Chine, la censure peut intervenir à tout moment et même après la sortie du film si un censeur considère a posteriori qu’il n’aurait pas dû laisser passer telle ou telle scène. Certains films ne sont jamais sortis en Chine parce que les auteurs ont refusé d’amputer les scènes jugées compromettantes (Zhang Yimou avec Vivre! ou Chen Kaige avec Temptress Moon). Mais la censure qui a dernièrement fait parler d’elle sur des films comme Blind Shaft ou récemment Une jeunesse chinoise n’intervient pas seulement avant et après le film. Elle agit aussi pendant. Si depuis quelques années les films chinois sont majoritairement produits par des capitaux privés, une organisation officielle, dépendant de l’omnipotent Bureau du cinéma, participe toujours au financement des films. Celle-ci peut ainsi, tout à sa guise (sans être structurellement liée à la censure), surveiller de près ce qui se passe pendant le tournage et veiller au respect millimétré du script. Les avatars de la bureaucratie étaient ce qu’ils sont, la réalité est plus floue.



Sur le tournage des Démons à ma porte, comme sur celui de son premier long métrage, Sous la chaleur du soleil, inédit en France mais sorti en Chine après quatre coupes consenties par le cinéaste), un émissaire susceptible le cas échéant de tout interrompre, était bel et bien présent sur le plateau. Comme le tournage des Démons à ma porte s’est déroulé de longs mois dans une région reculée et austère, l’assiduité de l’émissaire s’est avérée aléatoire. Après ce second long métrage, Jiang Wen connaît de sérieux ennuis. Certains rôles, qui lui ont été proposés avant le festival, lui sont refusés. Les sociétés de production associées au film subissent des pressions. Asian Film Union (une des sociétés liées au financement des Démons) rencontre ainsi d’énormes difficultés à distribuer Tigre et Dragon, dont elle détient les droits, sur le sol chinois. Les autorités refusent de recevoir Jiang Wen mais veulent, en revanche, récupérer la copie originale du film. Les proches du cinéaste font même savoir aux journalistes étrangers qui viennent aux nouvelles que toute interview publiée dans la presse internationale pourra être utilisée contre lui. Voilà pourquoi il est plus que jamais méfiant. Aujourd’hui, il revient avec Le soleil se lève aussi, une farce tragique en trois temps, quelque part entre Kusturica et Lynch, où Wen n’oublie pas la dimension politique mais de manière moins abrasive et plus tacite.



Comment avez-vous rebondi après Les démons à ma porte ?
Cette expérience a été très intense parce que j’étais grillé auprès la censure Chinoise. J’étais à peu près sûr de ne plus jamais tourner. C’est d’ailleurs pour ça que je mets toutes mes tripes et mon énergie dans chacun de mes films. J’ai toujours peur de ne plus pouvoir tourner. Je veux que mes films fonctionnent à répétition, bouillonne. C’est pour cette raison qu’ils peuvent paraître trop foisonnants, sans doute. Entre Les démons à ma porte et Le soleil se lève aussi, je dirais qu’il y a un lien de cause à effet. Ce sont comme les deux faces d’une même pièce. Les démons à ma porte, c’est le côté pile. Le soleil se lève aussi, c’est le côté face. Si je faisais un autre film comme Les démons à ma porte, on m’en aurait empêché. Je ne pouvais pas être aussi percutant. Sur celui-ci, je me suis concentré sur les sentiments des personnages en appuyant l’exubérance. Si je devais utiliser des symboles, je dirais que Les démons à ma porte ressemble à un jeune homme tout nu qui n’a peur de rien et Le soleil se lève aussi à une jeune femme vêtue de couleurs chatoyantes qui cherche à charmer avant d’agresser. Mais d’un film à l’autre, je n’ai pas changé.


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