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Interview Exclusive : Angela Bettis [page 3]

Par - publié le 19 octobre 2007 à 08h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 10h54 - 0 commentaire(s)
On retrouve là aussi beaucoup d’acteurs de May et de The Woods.
C’est à partir de ce segment que ma relation avec Lucky est devenue totalement fusionnelle. On n’a plus besoin de se dire les choses, on se comprend naturellement. Et ensemble nous pouvions prendre plus de risques. Il m’a demandé par exemple de modifier ma voix pour le personnage parce qu’il connaissait l’intonation dont j’étais capable. La vérité, c’est qu’entre May et Sick Girl, il a su cerner au plus juste ma personnalité et s’en servir. J’ai d’ailleurs fait la voix sur The Woods. Mais je me demande si en France le film n’était pas doublé?

En France, il a malheureusement été expédié en dvd et n’a pas connu une sortie en salles.
Aux Etats-Unis, ce n’est pas mieux. On pouvait le voir sur une copie. Ça s’apparente à une sortie technique. J’aime plutôt bien le film même si on sent clairement qu'il a été remonté. L’expérience a été rude pour Lucky sur ce film. Plus encore que sur les autres parce qu’il tenait terriblement à ce projet. Peu de gens l’ont vu en raison de cette sortie discrète. Beaucoup se sont dit que, si ce film sortait de manière aussi confidentielle, c’est qu'il craignait. Au départ, Lucky avait pourtant les coudées franches d’autant qu’il était soutenu par United Artists qui adoraient May et qui étaient prêts à tout pour faire du bon boulot. En plein milieu du tournage, une grosse boîte, je crois qu’il s’agit de Sony, est venue prêter main forte. En visionnant le résultat, ils ont détesté parce que c’était, selon leurs termes, «trop bizarre» et donc difficile pour le marketing. Ils ont demandé à ce que Lucky modifie des scènes et ne se sont pas privés pour couper au montage. Apparemment, cela arrive souvent aux musiciens dont ils s’occupent en les virant s’ils n’acceptent pas de se plier à un tel genre. Tout ça, c’est une question d’argent et de profit. Or il ne faut pas des millions de dollars pour faire un bon film. C’est totalement faux. On me demande souvent pourquoi je n’essaye de faire une carrière à Hollywood. Je réponds souvent que je crois en l’art et que je ne crois pas au commerce.


Est-ce exact que la fin de The Woods n’est pas celle qu’on aurait dû voir?
Oui. Il existe même trois fins pour The Woods. Elles sont toutes de Lucky. Le studio a décidé de prendre celle qui convenait le mieux lors de test-screenings brutaux. En ce qui me concerne, je ne pense pas que ça soit la meilleure. The Woods est un film pour les adolescentes. Pas nécessairement pour ceux qui vont aux test-screenings. C’est d’ailleurs pour cette raison que je le pense bon aux commandes de films où les personnages principaux sont des femmes. Il aime croquer des personnages féminins. Il excelle à retranscrire leur psychologie. A l’origine, le scénario de Sick Girl n’est pas de lui non plus mais il a apporté des modifications psychologiques aux personnages. D’ailleurs, mon personnage était masculin dans la première version. Il a transformé le caractère en femme lesbienne mais pendant le tournage, il me demandait de le jouer comme un homme qui s'exprime dans un jargon des années 50. Donc dans Sick Girl, je suis un homme. Dans le scénario, les personnages n’étaient pas clairement définis. Ce sont des individus qui évoluaient dans des situations bizarres. En tous cas, ces expériences malheureuses avec les studios ont détruit Lucky. Aujourd’hui, il a un peu arrêté de penser au cinéma et écrit des romans. Parce qu’il peut écrire ce qu’il veut. En ce moment, il a besoin de prendre une pause. Je suis sûre qu’il reviendra en pleine forme et réalisera le film de ses rêves. J'en suis sûre! Personnellement, je suis convaincue qu’il s’épanouira plus sur un projet indépendant à la May qu’un film fliqué comme The Woods. Il a un don pour raconter des histoires peu ordinaires. Ce n’est pas fréquent.

Pour revenir à Roman, dans les suppléments du dvd, il y a une étrange interview…
(elle explose de rire) Oui. Comment dire ça sans être désagréable? Quand vous faîtes un film, vous ne vous occupez pas nécessairement du dvd et donc vous avez des obligations. Les distributeurs imposent qu’il y ait des bonus précis sur le dvd. Et sur celui-ci, il devait y avoir des interviews, des commentaires audio etc. Et ils ne vous demandent pas si cela vous branche ou pas : vous le faîtes. Je préfère généralement que l’art parle pour lui-même. Dans le sens où le film se suffit à lui-même. Je n’ai pas grand-chose à dire sur ce que j’ai créé. Quand je regarde les bonus disponibles sur les dvds, je trouve ça ennuyeux de regarder des artistes parler d’eux-mêmes. Je sais que les spectateurs aiment savoir comment se déroule un film etc. Un commentaire-audio était la dernière chose que je voulais faire. Donc j’ai opté pour une alternative en créant une interview bidon avec l’équipe. On avait envie de réaliser un entretien ouvertement ridicule. On a alors pris de la drogue, bu quelques verres de whisky et ça donne cette drôle de chose totalement absurde. La règle consistait à répondre aux questions de manière inattendue et débile. J’ai d’ailleurs souvent du mal avec les questions que l’on me pose en interview (elle rit).


Dans Roman, il y a une scène coupée avec James Duval qui est assez drôle. Duval a également un rôle assez mémorable dans May et il revient de manière récurrente dans votre bande car vous le remerciez souvent. Comment l’icône de Gregg Araki a intégré l’équipe?
Ah, Jimmy! Je l’ai rencontré il y a dix ans… Non, plus que ça. Lors du casting de Doom Generation. James était déjà pris pour jouer le personnage. Après un premier essai, Gregg Araki a insisté pour que lui et moi nous jouions une scène ensemble. C’était une scène assez intime. Sur le moment, c’était vraiment fun parce que Jimmy est quelqu’un de très cool, d’énergique. Une sorte de pile électrique. Il n’est absolument pas arrogant et a essayé de me mettre à l’aise. Ça a très bien fonctionné et Gregg m’a pris pour le rôle qui finalement est interprété par Rose McGowan. Seulement, le tournage se déroulait à un moment où beaucoup d’événements se sont enchaînés dans ma vie et je ne pouvais pas l’assurer. Au dernier moment. Rose a finalement été choisie et ce qu’elle fait dans le film est hallucinant. Johnathon Schaech était très pote avec moi à l’époque et il a fait partie de l’aventure Doom Generation. Nous sommes restés en contact après le casting. Puis, sans le savoir, des années plus tard, je me suis retrouvée avec James lors des essais pour May. Nous avons partagé le même agent. Je suis heureuse qu’il ait participé à l’expérience de Roman mais désolée aussi qu’il ne figure pas au montage final. Son personnage devait donner de l’ambiguïté au personnage d’Eva qui dans la version finale paraît plutôt jovial. Mais le passage était si brillant qu’il finissait par plomber. Je voulais le laisser dans les suppléments comme pour faire de son apparition, un petit court métrage. C’est un spectacle à lui seul. Je l’adore.


Que ce soit Lucky McKee avec May ou Richard Kelly avec Donnie Darko dans lequel James Duval joue également sous un masque de lapin, il y a une vraie relation avec les films de Gregg Araki dans la peinture de l’adolescence, ou de la post-adolescence. Vous êtes restée en contact avec lui depuis Doom Generation?
Non. Tout simplement parce qu’il était très en colère contre moi. Pour lui, j’avais refusé l’aventure. Je ne pouvais malheureusement pas. Et encore une fois, je pense que Rose a fait du bon boulot et qu’elle était faite pour le rôle. Depuis, il m’en veut toujours! Et cette histoire remonte à douze ans. C’est dommage car j’adore son cinéma. Peut-être que si un jour on se croise, on se prendra dans les bras comme des vieux en se disant que les querelles, c’était il y a longtemps. Je pense qu’il a pris mon refus pour quelque chose de personnel et ça n’a jamais été le cas.

Propos recueillis par Romain Le Vern
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