Est-ce que la réussite des films de Sofia a suscité en vous une envie de revenir au cinéma et, en ce sens, de vous surpasser?Au contraire, je suis très heureux de m’être interrompu et de ne pas avoir été derrière une caméra pendant qu’elle réalisait ses films. Je suis très fier d’elle. Ses débuts ont été magiques: elle a été soutenue par la profession, les critiques sans que l’on vienne lui reprocher d’être la fille de. Cela me fait d’autant plus plaisir qu’elle a réalisé ses films finalement dans la tradition familiale en enchaînant trois films à la suite. Je crois beaucoup en la nouvelle génération d’artistes américains. Quand on enseigne, on se rend compte qu’on apprend certes beaucoup aux étudiants mais eux-mêmes nous apprennent infiniment de choses. Je suis fier de Sofia, de Roman, de Nicolas, de toute cette vague Coppola.
Qu’est-ce que vous avez appris de Sofia par exemple?Elle a un sens de la mode, de la musique qui m’interpelle beaucoup. Derrière son aspect doux et son apparence fluette, elle n’en possède pas moins un caractère très déterminé. Je dirais même un caractère trempé dans l’acide. Ce qu’elle veut, elle l’a. Je suis fasciné par sa capacité à demander des choses précises à ses acteurs sans hausser le ton, sans perdre son sang froid.
Où en est votre prochain projet, Tetro?Dès que j’ai terminé la promotion de ce film, je retourne à Buenos Aires pour tourner. Il est basé sur un scénario très original. Tout à l’heure, je vous ai parlé de «drame poétique». C’en est un, je crois. Un film très personnel qui n’est pourtant pas autobiographique et exalte des sentiments par rapport à la famille. Une histoire de père, de fils, de frères qui sont dans une compétition créative les uns par rapport aux autres. Ça m’a toujours passionné. Vous aurez remarqué qu’il y a un courant artiste chez les Coppola? Il y a eu avant moi, il y en aura après moi. Le film s’inscrit un peu dans la veine des pièces de Tennessee Williams. En Argentine, j’ai trouvé toute mon équipe technique. Du tournage précédent, j’ai juste repris le chef-opérateur Mihai Malaimare Jr. et le compositeur Osvaldo Golijov. Maintenant, je ne sais pas encore si l’ambiance du film lorgne vers la tragédie mais en tout cas, je le pense en ce moment. En tous les cas, je suis heureux:
Tetro fait partie des films que j’ai toujours rêvé de réaliser. D’ailleurs, c’est dans ce genre-là que j’aurais œuvré si je n’avais pas eu la consécration du Parrain.
Est-ce exact qu’il y a eu des problèmes de vol sur le tournage?En effet, il y a eu un vol dans les locaux de production en Argentine. Le directeur de la photo a reçu des coups de couteaux en essayant de sauver sa caméra et l’équipement. En réalité, ils ont surtout volé des ordinateurs, de l’électronique. Ils n’ont rien pris de lourd comme les caméras parce que ça aurait été impossible de les transporter à mains nues. Quant au scénario, je n’avais rien à craindre: il existe plusieurs versions du script qui ne contiennent pas les éléments importants du film. Au final, je relativise beaucoup mais cela n’a pas été trop grave.
Pour finir, pourquoi cette allusion au Faucon Maltais dans L’homme sans âge?C’était un clin d’œil que je trouvais amusant. Je me suis demandé quel genre d’oiseaux on pourrait citer et le faucon maltais m’est venu comme une blague. J’aime beaucoup le film, cela dit.
Propos recueillis par Romain Le Vern