1. >
  2. >
  3. >
  4. >Interview François Berléand : Le Siffleur, hommage à Michel Audiard

Interview François Berléand : Le Siffleur, hommage à Michel Audiard

Par Gilles BOTINEAU - publié le 16 mai 2010 à 23h10 ,
MAJ le 19 mai 2010 à 11h30 - 0 commentaire(s)

Première mise en scène cinématographique de Philippe Lefebvre, Le Siffleur réunit un casting de choc sous le soleil de la Côte d'Azur. Parmi eux, Thierry Lhermitte, Virginie Efira, Fred Testot, Sami Bouajila, Clémentine Célarié ou bien encore Alain Chabat. Cette semaine, à l'occasion de la sortie du film en DVD et Blu-Ray, rencontre avec l'interprête principal, le généreux François Berléand. L'homme revient sur l'ensemble du projet et en profite pour nous livrer différentes anecdotes quant aux moments forts de sa carrière. 

 

Vous êtes, parait-il, à l'origine du film le Siffleur, ce qui n'est pas commun. Racontez-nous...
Pour être vraiment précis, c'est un livre, Maurice le siffleur, que l'on m'a d'abord fait lire. Et c'est à Thierry Lhermitte que je dois ce cadeau... J'ai immédiatement eu un coup de coeur. Par la suite, on a eu une discussion avec Laurent Chalumeau, l'auteur du livre, en se demandant tous ensemble qui serait le plus à même de produire un tel projet... Moi, comme je n'ai toujours qu'un seul producteur en tête, Alain Attal (pour ne pas le citer), je lui ai donc, et avec leur accord, soumis le projet. Il a étudié le livre assez rapidement et il m'a rappelé en me disant : « Ok, je le fais ! ». Il s'est occupé des droits, Philippe Lefebvre de l'adaptation, et celui-ci m'a alors très gentiment proposé le rôle. Dès le départ, Thierry Lhermitte m'avait d'ailleurs dit « ce serait formidable si c'est toi qui le joue ». J'étais assez gêné. Ravi de cette confiance, bien sûr, mais étant donné l'importance et la charge d'un tel rôle, si on n'avait pas pu le faire avec moi, je l'aurai parfaitement compris. Avec Alain Attal, les choses étaient claires : « je t'ai proposé d'adapter ce livre, je ne te cache pas que j'aimerai beaucoup jouer le personnage de Maurice, mais si tu penses que ce n'est pas une bonne idée, je n'insisterai pas ». Il n'y avait donc aucun soucis entre nous par rapport à ça. Tout ce que je voulais, c'est que le film se fasse, avec ou sans moi. Pour ma part, je n'ai jamais eu d'exigences particulières dans ce métier, tout du moins celles de vouloir à tout prix un rôle... Finalement, ils m'ont quand même pris ! Et j'en suis ravi, bien évidemment. 

 

" Je n'ai jamais eu d'exigences particulières dans ce métier"


Il s'agit du premier film réalisé par Philippe Lefebvre... Vous-même, cela ne vous a pas tenté de le mettre en scène ? Pourtant, il y a quelques années, l'idée de passer derrière la caméra ne vous déplaisait pas...
Il y a quelques temps, en effet, je n'étais pas contre l'idée de "réaliser", mais dans le seul but d'adapter mon livre (Le fils de l'homme invisible, ndlr)... Par la suite, je me suis rendu compte que je n'avais jamais le temps... J'ai un producteur mais c'est un livre très compliqué à transposer, à scénariser... Et puis je ne pense pas avoir ni le talent ni la patience pour un tel travail. Je ne connais d'ailleurs pas la technique. Au fond, je ne pense pas être suffisament passionné par la fonction de réalisateur. Pour rester fidèle à une histoire qui me tient à coeur, peut-être... Mais si un jour je réalise un premier film et que celui-ci marche, je suis déjà à peu près certain de ne pas en faire un autre derrière. Ce n'est pas mon métier, j'ai beaucoup trop de respect pour ces gens-là. Alors prétendre au titre de cinéaste, il en est hors de question. Je suis donc ravi que Philippe Lefebvre se soit chargé de mettre en scène Le Siffleur.

 

Le Siffleur

 

Qu'est-ce qui vous a séduit à ce point dans le livre, pour finalement amener son adaptation cinématographique ?
D'abord l'ambiance. Puis le fait qu'il y ait un double rôle. C'est tout de même très jouissif pour un acteur, d'autant qu'il s'agit là de la base de son métier, c'est-à-dire de pouvoir endosser plusieurs personnalités. En l'occurence, ici, j'avais la possibilité de jouer un seul et même rôle, mais évolutif voire changeant, à savoir un lâche, qui essaye ensuite de se faire passer pour un homme plus dur qu'il n'est. A cela se rajoutent les dialogues de Laurent Chalumeau, absolument époustouflants. De plus, j'ai toujours été passionné par les films des années 50/60/70, les fameuses répliques de Michel Audiard, d'Henry Jeanson... Or, en lisant ce livre, et ensuite le scénario, j'ai vraiment retrouvé cet esprit-là, cette langue aujourd'hui disparue... C'était formidable. Et je ne pouvais passer à côté. D'ailleurs, en discutant avec Philippe Lefebvre, j'ai vraiment insisté : « Surtout, inspire-toi bien de cette langue ». Mais je n'ai jamais douté de lui. Je savais que c'était quelqu'un qui aimait justement cela et quand on voit le résultat, on se dit qu'il a vraiment réussi son coup.

Aucune intervention de votre part dans l'écriture du scénario ?
Ah non, surtout pas ! Je ne voulais vraiment pas ça... De la même façon, Laurent Chalumeau ne s'en est jamais mêlé non plus. Il l'avoue d'ailleurs lui-même : « mon métier, c'est auteur, ce n'est pas scénariste ». Quant à moi, je suis comédien. Donc voilà. Je pense qu'il était vraiment nécessaire que ce soit quelqu'un de spécifique qui le fasse, aussi pour avoir ce second degrès, cette distance tant recherchée par rapport à l'oeuvre originale.

Cela vous a permis de vous concentrer pleinement sur votre double-rôle. A ce propos, qu'avez-vous pensé de ce nouveau look qui vous sied remarquablement ? Vous ne l'avez finalement pas conservé dans la vraie vie...
(Il rit) Non, ce n'était pas facile à assumer. Mais pour parler de cette fameuse teinture, il faut dire qu'elle colle parfaitement au personnage de Maurice. Celui-ci porte un costume gris, des chemises noires, de grosses lunettes de soleil... Il joue les durs, il a même la chaine autour du cou... Moi dans la vie de tous les jours, je suis beaucoup plus classique. En plus, lorsqu'on a fait le film, c'était en Septembre, sur la Côte d'Azur, il faisait encore chaud, donc c'était d'autant plus difficile de se mettre en noir. Au début, je mettais une casquette, pour cacher un peu cette affreuse tête. Et puis, très vite, je me suis rendu compte que dans cette région, des gens comme ça, il y en a des tas. Alors au bout de dix jours, je me suis finalement lâché et donc confondu dans la masse.

 

Le Siffleur

 

A la sortie du film, on parlait beaucoup de vous, bien évidemment, mais vous partagez aussi l'affiche avec une pléiade d'acteurs...
Oui, je dirai qu'il s'agit avant tout d'un film choral. Je connaissais déjà Thierry Lhermitte. Les autres, en revanche, pas du tout. De vue, ou à travers les médias, tels que Fred Testot... Mais les choses ont très vite évolué, si bien que l'on s'est apprivoisé sans aucune difficulté. Et au final, ce tournage fut une véritable cours de récréation. Notamment avec Virginie Efira qui, en plus d'être belle et talentueuse, s'est révélée extrêmement drôle. Bref, une équipe formidable avec qui j'ai pris énormément de plaisir.

 

"Je me souviens encore des scores, 5 entrées à Nantes, 3 à Bordeaux..."


Ça se sent beaucoup à l'écran. D'ailleurs, lors de sa sortie en salles, les critiques vous ont plutôt bien défendu. Malgré tout, le public est un peu passé à côté... Comment l'expliquez-vous ?
Le problème, selon moi, fut le suivant : on l'a sorti le mercredi 6 Janvier, jour des soldes (mais ça, on le savait)... Sauf qu'en plus, il y a eu une vague de froid totalement invraisemblable, de la neige à n'en plus finir, tout était bloqué... Cela, pendant trois jours, et surtout dans l'Ouest. Quand on a eu les premiers chiffres de la journée, on était certes premier, très en avance sur tout le monde, mais hélas loin du marché habituel. Evidemment, tout le monde faisait la tête, le distributeur, l'équipe, le réalisateur... Mais avec une telle météo, on ne pouvait faire mieux. Je me souviens encore des scores, c'était du genre 5 entrées à Nantes, 3 à Bordeaux... En somme, de Lille à Biarritz, il était presque impossible d'aller au cinéma. Les premiers jours, en tout cas. Après, on a fait un très bon week end, et puis la semaine d'après il y a eu de nouvelles sorties. Ce n'est pas le bide du Siècle, on a fait 200 000 spectateurs le première semaine, ce n'est pas honteux même si on visait les 700 000. Ça m'a fait un peu de peine, d'autant que j'ai l'un des rôles principaux, mais c'est ainsi. Au début, on devait le sortir au mois de Septembre (de l'année dernière), sauf qu'en général, à cette période, il y a toujours beaucoup de films, je me suis dit "la concurrence va être dure", et j'ai donc proposé Février. La semaine juste avant les vacances. Car si le film marche, là, c'est le boulevard pendant deux mois. Mais ils n'ont pas voulu... La suite, vous la connaissez. Le film est ce qu'il est, je le trouve drôle, certaines personnes ont aimé, d'autres non, ce n'est pas une oeuvre « incontournable » mais sans prétention, et je crois que l'on propose un divertissement de qualité.

 

Le Siffleur

 

Aujourd'hui, le DVD et le Blu-Ray offrent au film une seconde chance. Comment est-ce que vous le décrireriez finalement ?
Pour moi, la base, c'est la référence à Audiard. Ça, ça a vraiment été ma motivation première. Après, il y avait ce plaisir de travailler avec une nouvelle génération, des acteurs que l'on n'a pas encore l'habitude de voir souvent à l'écran, comme Fred Testot, et donc le fait que ce soit un film choral. Au départ, quelques personnes, dont mon agent, me disaient : « c'est dommage que ton personnage ne soit pas davantage développé, il le mériterait. ». Et d'ailleurs, dans le roman, il l'est beaucoup plus. Mais sur le tournage, il y a eu tellement de choses extraordinaires réalisées par tous ces comédiens que le metteur en scène s'est dit « Non, je ne peux pas couper, c'est génial ! » Au final, le film est devenu choral, plus qu'il ne le devait, et je pense que c'est aussi bien. Pour certains, c'est la faiblesse du film, pour moi, c'est l'une de ses qualités.

Et pour en revenir à cette référence (le cinéma de Michel Audiard), pourquoi ne pas avoir gardé le titre original, Maurice le siffleur ? On était beaucoup plus dans le ton...
Je suis entièrement d'accord avec vous ! Je l'ai défendu tant que j'ai pu, mais beaucoup trouvaient que Maurice était un prénom un peu trop vieillot, que ce ne serait pas vendeur sur une affiche... Mais pour moi, il n'y avait pas à discuter, le titre était là. Et pourtant, ils sont partis dans des délires parfois invraisemblables, des trucs du style « Bienvenue sur la Côte », etc... Finalement, ils sont revenus et se sont arrêtés au Siffleur, tout simplement. Je trouve ça dommage...

Vous-même, êtes-vous un bon siffleur ?
(Il rit) Oula, non, pas du tout ! Je suis doublé dans le film ! Je peux siffler, comme tout le monde (il nous fait une rapide démonstration avant d'éclater de rire), mais un air complet, impossible.

 

(Suite de l'entretien page suivante)


Vos réactions


logAudience