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Interview : Gerard Krawczyk [page 1]

Par Christophe Berthemin - publié le 05 décembre 2007 à 11h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h47 - 0 commentaire(s)
Connu par la nouvelle génération pour être le réalisateur de trois des volets de la saga Taxi et conspué par beaucoup pour cette même raison, Gérard Krawczyk était dans les années 80, davantage connu pour des films plus intimistes, genre vers lequel il est retourné, discrètement. La sortie de L'Auberge Rouge est l'occasion de revenir sur son parcours entre blockbusters et plus petites productions afin de parler avec lui de ce qu'il sait faire le mieux : des films.


Vous vous souvenez de la première fois où vous avez vu le film ?
Oui, c'est un film que j'ai vu quand j'étais petit et j'étais terrorisé par les personnages de Françoise Rosay et de Julien Carette que je trouvais très glauques. Quand je partais en vacances avec mes parents dans leur 4CV et qu'on dormait dans des hôtels aussi glauques, ça me rappelait le film et j'avais peur de ne pas me réveiller le lendemain matin (rires). Quand Christian Clavier et Christian Fechner sont venus vers moi pour me proposer le film, j'ai lu l'adaptation de Christian et de Michel Delgado et je l'ai trouvée vraiment très bien, avec des personnages très bien dessinés. Le film marque aussi la fin d'un monde dans lequel les aristocrates sont incapables d'aimer d'autres personnes qu'eux. C'est assez actuel quand on voit que ce côté France d'en haut, France d'en bas résonne encore malheureusement aujourd'hui. Ca me plaisait beaucoup d'en faire une comédie. Cette famille qui commet des actes répréhensibles n'est pas si antipathique que ça car ils ont des émotions les uns envers les autres, contrairement aux aristos qui ne dégagent que du mépris. D'ailleurs, on a présenté le film à Moscou, où sortira le film en même temps qu'en France, et l'accueil a été formidable parce que même si le film est enraciné en France, à un moment de notre vie, on se sent tous méprisé et c'est jubilatoire de voir des gens faire des choses qu'on ne ferait pas, avec ce côté iconoclaste. Beaumarchais disait qu'il fallait se dépêcher de rire de tout avant d'en pleurer.

Comment appréhende t-on l'esthétique sur un film comme L'Auberge Rouge ?
Cette histoire est intemporelle et vu qu'il y avait eu la version de Claude Autant-Lara en 1951, je suis un passeur d'histoire. Je voulais une façon de la faire découvrir à la nouvelle génération avec le regard d'aujourd'hui. Cette nouvelle génération va voir des films comme Harry Potter ou Sleepy Hollow et a l'habitude de voir des films avec des visuels de cette époque. J'ai donc voulu faire un écrin à cette histoire qui soit celui d'un conte fantastique et d'épouvante. On a donc fait un gros travail sur le repérage des décors en extérieur comme dans les Pyrénées, sur les décors reconstruits à l'ancienne comme le faisaient des grands chefs décorateurs comme Max Douy ou Alexandre Trauner, mais aussi sur l'utilisation de la 3D. C'est donc un mélange de beaucoup de choses qui fait que le film est possible aujourd'hui, mais ne l'était pas il y a cinquante ans. C'est assez rare dans la comédie de pouvoir soigner ça. Pour la lumière et les costumes, je me suis inspiré de Gaspar Friedrich, un romantique allemand, et Daumier. C'est ce vrai travail de cinéma qui m'a passionné dans cette aventure. On renoue avec un film de genre, avec une comédie particulière un peu décapante.


Le film tombe donc à point nommée en ce début de décembre.
Oui, on n'a pas voulu sortir le film en Eté car on ne trouvait pas ça pertinent. C'est aussi un choix du distributeur. Après, il n'y a pas de recette miracle. Il y a quinze films qui sortent par semaine donc personne n'a le temps de tous les voir, même pas vous en tant que journalistes. La durée de vie d'un film est courte et donc, il faut être bien distribué et avoir une bonne visibilité. Ce n'est pas le cas de tout le monde. Même moi, j'ai fait des films très bien distribués et d'autres beaucoup moins. C'est un vrai problème. Avant, on avait le temps de faire marcher le bouche à oreille mais de nos jours, le temps qu'un ami vous parle d'un film qu'il n'est déjà plus en salles. Il faut donc, dès le mercredi, avoir un réservoir d'entrées suffisantes pour ne pas être déprogrammé le lundi. Pour un film comme celui-ci, le producteur a pris des risques et on espère juste que les gens vont passer un bon moment.


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