En France Gregg Araki n'est connu que d'une poignée de cinéphiles, majoritairement aficionados de culture trash. Deux de ses films suffisent pourtant à résumer son irréfutable génie :
Doom Generation (1995) et
Nowhere (1997). Ces deux là sont par ailleurs les seuls à être disponibles en DVD zone 2 à ce jour. Par delà l'Atlantique, on peut également se procurer
The Living End (1991) et
Splendor (2000) en zone 1.
Réputé pour être le porte parole (bien que dans sa grande modestie il refuse ce titre) d'une génération qui se fout de tout sauf de passer du bon temps en s'éclatant les tympans sur de la musique détonante et de baiser jusqu'à épuisement, Araki poursuit depuis ses débuts un parcours quasiment parfait de cinéaste sans le sou qui concrétise ses films en y mettant corps et âme, jusqu'à être enfin reconnu pas les grands studios. De nos jours, il a enfin les moyens dont il rêvait jadis, mais il n'est pas pour autant question de faire des concessions. Araki fait du Araki, et c'est toujours aussi glauque, violent et passionnant. Pour preuve,
Mysterious Skin, son dernier film laisse le même goût de traumatisme que
Ken Park (de Larry Clark) ou
Irreversible (de Gaspar Noé). Quoiqu'il en soit, l'homme en question que nous avons eu l'immense honneur d'interviewer s'est montré plus normal que jamais (il n'est donc pas un extraterrestre !) et n'a pas été avare en paroles. Une heure formidable passée avec lui, où il a aussi bien évoqué sa joie de revoir bientôt son groupe favori (
Cocteau Twins) qui se reforme à l'occasion du Coachella Festival, que ses influences, et la fierté qu'il a d'offrir à un public cinéphile (les français)
Mysterious Skin. En avant pour l'interview.
Comment expliques tu ton retour à un style plus trash après Splendor qui relevait davantage de la comédie pure ?Tout remonte à 1995, c'est-à-dire à la date de première parution de
Mysterious Skin. Quand je l'ai lu j'ai immédiatement trouvé ce livre si puissant, si bien écrit, que je me suis dit que si un jour je devais adapter une œuvre écrite ça serait sans l'ombre d'un doute celle-ci.
La manière dont je travaille est un peu " confuse " d'habitude puisque j'ai toujours plusieurs projets en tête qui prennent le devant ou que je laisse en stand by un certain temps ; mais le hasard a fait que le projet d'adapter
Mysterious Skin est arrivé au bon moment de ma carrière. Et le résultat a été très probant, heureusement !
Elisabeth Shue et Gregg Araki sur le tournage de Mysterious Skin. C'est donc bien la première fois que tu tournes un film dont tu n'es pas le scénariste ?Oui c'est la première fois que je filme des personnages et une histoire qui ne viennent pas de mon imagination. Tu as changé beaucoup de choses par rapport au livre ?
Non, le film est très fidèle au livre. À vrai dire je le trouvais déjà tellement bien ficelé et si bien écrit que je n'avais pas envie de changer quoique ce soit. Le processus d'adaptation a donc essentiellement résidé dans la problématique de condenser un livre de 300 pages en un film d'une heure et demie.