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Interview Guillaume Nicloux (la Clef) [page 4]

Par - publié le 12 décembre 2007 à 12h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h56 - 0 commentaire(s)
On pourrait s’amuser à pointer une incohérence entre Cette femme-là et La clef. Dans Cette femme-là, les personnages de Balasko et Lhermitte se croisent alors que dans La Clef, ils sont censés évoluer dans deux univers dissemblables sans pouvoir se croiser.
C’est troublant de découvrir son film à travers les analyses d’autres personnes. J’ai beaucoup voyagé avec Le concile de pierre pour les sorties à l’étranger. J’ai été assez surpris et amusé de voir comment le film était perçu dans les films étrangers et de voir comment sa compréhension m’échappait. Même lorsque Cette femme-là est projetée, il est amusant de voir que ceux qui se délectent d’analyses sont souvent des psychanalystes et ceux proches des sciences, de manière à se rattacher à une physique quantique. A chaque fois, ils assurent que la réalité n’est jamais réellement celle que l’on croit. La chose visible n’est pas nécessairement celle qui existe le plus. Toute cette problématique des perceptions de la réalité était littéralement au centre de Cette femme-là.


Dans tous les films que vous avez réalisés après Une affaire privée, il y a toujours cette idée de montrer un quotidien banal progressivement contaminé par le fantastique ou d’annoncer une menace sur le point d’exploser.
J’aime viscéralement tout ce qui n’est pas expliqué. Tout ce qui met en danger, oui. Tout ce qui oblige à penser différemment par rapport à ce que l’on m’a appris, aussi. C’est ce que je recherche. Le sentiment de peur est pour moi extrêmement important au cinéma. Quand je parle de peur, je ne parle pas de film d’horreur. La peur peut venir de cette confrontation à des sentiments et des émotions que l’on n’a pas l’habitude de vivre dans ce type de films. C’est curieux que vous ayez ressenti ça sur La clef car le film est totalement dégraissé de tous les artifices que j’ai pu utiliser par exemple dans Cette femme-là. Je cherchais à créer de la tension en utilisant des artifices. Ici, je refuse les artifices. Il n’y a pas de musique, le son est quasiment mono et il n’y a pas de nappes.

On ressent pourtant une vraie tension paranoïaque dans La clef. Comment l’expliquez-vous?
Ce n’est pas en terme de son ni d’image mais ça peut être en terme de cadrage. Cette accumulation et cette dilution des informations obligent le spectateur à se poser des questions sur la véracité des événements. La tension paranoïaque ne vient pas des artifices mais plus de la structure et dans la manière dont les comédiens se comportent. Ils errent comme des particules lâchées dans un récit et essayent de trouver leur chemin. Le récit obéit à une péripétie précise. Mais on est toujours confronté à cette même problématique: il faut accepter l’idée qu’un récit nous échappe. Que la fin du film ne donnera pas les informations totalement voulues par le spectateur. Je ne lis pas la presse, je ne fréquente pas de journalistes. Donc j’ai qu’un sentiment diffus de tout ça. Je l’ai en général à travers des attachés de presse. Je sens bien qu’en dehors des aficionados, les journalistes n’ont visiblement pas tout compris au film. J’aurai tendance à dire que c’est tant mieux. C’est ça que je trouve formidable dans une peinture ou même dans un dessin animé: de ne pas comprendre. L’impression la plus jouissive quand on regarde un film vient de ce qu’on ne comprend pas et qu’on n’a pas forcément envie d’analyser. J’exagère parce que les 2/3 des spectateurs comprennent mais on est confrontés à une petite partie, pas négligeable, qui n’a pas compris. Pourquoi on devrait comprendre? La compréhension, c’est comme la pornographie, elle existe dans l’œil d’une personne unique. La compréhension de la pornographie, c’est encore plus pointu. Et je pense que ne pas tout comprendre fait peur. On a de plus en plus besoin d’être rassuré, d’être encadré. Et si on laisse une fenêtre ouverte voire carrément la porte, je pense que ça laisse trop de doutes.


En ce qui concerne votre prochain long métrage, vous comptez apparemment prendre une tournure très sentimentale. Pourquoi?
40 ans! Il y a des moments où on s’arrête, on regarde derrière soi, on regarde ce qu’on a fait. Peut-être que ça vient plus de moi, de ma capacité à dire les choses, ce que je pense et ressens. Tout ce que je peux dire, c’est que ce sera ouvertement mélodramatique.

Propos recueillis par Romain Le Vern
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