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Interview Guillermo Del Toro : Le Choix Et Les Regles [page 3]

Par Rafik Djoumi - publié le 30 octobre 2008 à 00h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 18h59 - 0 commentaire(s)
Vous aimez tellement ces personnages qu’on a l’impression parfois que les Légions d’or passent complètement au second plan.
A ce niveau-là, ça marche un peu comme un James Bond, où le « Mc Guffin », le plan diabolique, n’est finalement révélé qu’à la fin. Tout ce qui touche aux Légions d’or et à ce qui les rend invincibles n’est révélé que lorsqu’elles ont été réveillées dans la dernière scène. Mais avant cela, l’histoire que raconte le film, au fond, c’est celle des freaks du BPRD. Où l’on découvre qu’ils sont plus humains que les humains ; que les créatures que Hellboy doit détruire sans y regarder à deux fois s’avèrent en fait plus dignes d’être protégées que les humains qu’il protège. L’Elemental, le Prince Nuada, les Légions d’or, les occupants du marché aux trolls sont tous bien plus beaux et surtout bien plus rares que ces hordes d’humains qui gueulent contre Hellboy ; ils sont plus précieux que leurs voitures et leurs immeubles que l’Elemental détruit. Sur un plan politique, le film n’est pas aussi confortable qu’il en aurait l’air. Ce n’est pas le type de film qui comblera votre super-fantasme super-mâle à voir le bad guy se manger une rouste. Il va même à l’encontre de ce qui est communément accepté dans ce genre, où le super-héros triomphe d’obstacles bien identifiés avec une certaine rigidité typique du fantasme masculin. Hellboy, lui, fait des erreurs. J’ai fait le I et le II de façon à montrer qu’il passe son temps à merder. Il est jaloux ; il est empoté, pas très vif d’esprit ; il a du mal à estimer les distances quand il saute ; il passe son temps à se manger des pains ; ce n’est pas un bon combattant même s’il a pour lui d’être endurant.



… une sorte de Jack Burton…
… une sorte de Jack Burton et surtout un mec de tous les jours. Du coup, je pense que les fans de l’autre type de super-héros auront toujours du mal à s’attacher à ce personnage.

La très belle séquence de l’Elemental ouvre le film sur une perspective à laquelle on ne s’attend pas forcément quant à la place et la valeur de l’humanité.
Avec Hellboy, vous avez un personnage qui, toute sa vie, a été amené à détruire des choses ; et il le fait avec grand plaisir. Arrive le moment où il doit affronter un bad guy, le Prince, qui se trouve être dans son bon droit, être celui qui a raison. Lorsque le Prince affirme que les humains sont avides et que le trou dans leur cœur ne sera jamais comblé, il a raison. Hellboy est amené à visiter le marché aux trolls, un lieu où il découvre qu’il peut se balader au milieu de ces monstres sans que personne ne le juge ou le dévisage. La scène de l’Elemental est donc un peu, pour Hellboy, le moment du « Être ou ne pas être », et je pense qu’elle est vraiment nécessaire. Seulement elle n’est pas là pour vous offrir un sentiment de satisfaction dans l’accomplissement ; c’est au contraire un passage mélancolique, un « downer ». Et on n’a certainement pas l’habitude d’associer les films de super-héros à de la mélancolie. Or, voilà le genre de film que j’ai fait, et ce sont ces règles que j’ai décidé de ne pas respecter.

A suivre



Rafik Djoumi
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