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Interview : Im Sang-soo (le Vieux Jardin) [page 3]

Par Elodie Leroy - publié le 10 avril 2007 à 03h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h33 - 0 commentaire(s)
Pouvez-vous nous parler du tournage des scènes d'émeute, très réalistes dans leur approche, et plus particulièrement de la scène terrible de répression policière ?
Dans le scénario, ces scènes de manifestation tenaient en trois lignes, mais le tournage a duré trois jours. On a rameuté tous les figurants, les camions et les forces policières imaginables et on a ramené du gaz lacrymogène. A un moment donné, mon producteur est devenu tellement fou qu'il est descendu avec tous ceux qui avaient financé le film. Il m'a demandé : "Mais qu'est-ce que tu es en train de faire ?". Cette scène était cependant très importante pour moi. Il y a déjà eu quelques scènes similaires dans d'autres films, mais dans celui-ci, elle devait représenter à elle seule toutes les années 1980.

Comment ces scènes ont-elles été reçues par le public ?
Pour être franc, il y a deux choses qui parviennent à retenir pleinement l'attention des spectateurs : les scènes de sexe et les scènes de violence. Même quand il n'y a pas de dialogue, ils sont happés par ces deux éléments. Dans Le Vieux Jardin, une partie de l'histoire se déroule dans les montagnes calmes et reculées. Lorsque l'on bascule soudainement dans ces quatre minutes de violence, l'impact est énorme sur les spectateurs. Beaucoup d'entre eux se sont demandés comment j'avais fait pour les tourner et comment mon chef opérateur avait pu obtenir ce résultat. Ils savaient que ce n'était pas un documentaire mais ils se demandaient comment j'avais pu recréer ça. Je voulais vraiment mettre l'accent sur ces scènes car je voulais montrer qu'en dehors de cette petite montagne paisible, à l'extérieur, ces choses-là se passaient sans arrêt.



Le dessin semble avoir une importance particulière dans le film et donne d'ailleurs lieu à de très belles scènes. L'art du portrait exprime justement le regard subjectif d'une personne sur une autre. De quelle manière faut-il mettre les tableaux en relation avec les personnages ?
Dans le roman, Yoon-Hee est déjà peintre. Avant que le personnage principal ne parte, elle est déjà en train de dessiner. Dans mon film, j'ai voulu accorder une place beaucoup plus importante à ses dessins et je tenais particulièrement à ce qu'elle réalise les portraits à partir de photos. Dans la dernière scène, le tableau sert de cadeau du père à sa fille, et lorsque le générique de fin apparaît, on voit un portrait de famille qui se dessine. Quand j'ai voulu adapter le roman Le Vieux Jardin, j'ai immédiatement pensé au peintre Cho Duk-Hyun car c'est un artiste qui dessine de manière très réaliste. Il arrive même que ses dessins paraissent encore plus réels que les photos. Je le connais depuis plus de dix ans et heureusement, il aime bien mes films et en plus il avait lu le roman. A l'époque, il faisait une série de portraits qui s'appelait Mémoires du 20e siècle et qui s'apparentait beaucoup à ce que je voulais obtenir dans ce film. Il a donc réalisé tous les tableaux pour le film, tout ce que vous voyez sur les murs. D'ailleurs, la main que vous voyez dessiner est celle de Cho Duk-Hyun. J'ai pris tous ses dessins dans l'ordre chronologique, en intégrant même des œuvres qu'il a réalisées il y a vingt ans, afin de mettre en parallèle le développement du personnage féminin, Yoon-Hee, avec son développement artistique. D'autre part, si vous regardez bien le générique du début, vous verrez la mention réservée à l'auteur du roman original et tout de suite après celle destinée au peintre, car je voulais accorder autant d'importance aux deux. A présent, Cho Duk-Hyun est un peintre coréen très connu mondialement, notamment à New York.



Il paraît que vous devez tourner prochainement un film en langue française…
Effectivement. Pour l'instant, le titre est "Une certaine femme à Paris", mais il est susceptible de changer. Le synopsis est déjà très long et pour le moment nous sommes en pourparlers avec différents producteurs français. Justement, après le festival, je dois me rendre à Paris pour en discuter. Je ne sais pas si vous avez vu mon film Girls Night Out, mais parmi les personnages, il y a une jeune fille qui en a marre du conservatisme coréen et qui part à Paris. J'ai dans l'idée que cela pourrait être une suite. Cette fille serait installée à Paris et y aurait déjà vécu un certain temps. Dans l'histoire, elle essaierait de survivre avec son corps et sa tête parmi les hommes, ou à travers des hommes de différentes origines. Il s'agirait en quelque sorte d'une comédie érotique qui aurait en même temps un fort contenu politique et provocateur puisqu'elle aborderait la question raciale. Vous pensez que ce sera drôle ?

Sans doute, en tout cas l'histoire a l'air originale !
Le seul problème, c'est que je ne parle pas le français !

Propos recueillis à Deauville par Elodie et Caroline Leroy


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