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Interview Irene Jacob [page 1]

Par - publié le 22 février 2006 à 07h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h48 - 0 commentaire(s)
Il est toujours difficile de mettre des mots sur des films qui tiennent à cœur et qui transpercent l'âme (parce que, oui, même le critique de cinéma a une âme). De ces œuvres tripales qui vous bouleversent pour des raisons personnelles ou indicibles. La Double Vie de Véronique en fait partie. Ce chef-d'œuvre absolu ressemble à un rêve étrange et pénétrant qui propose de partir à la découverte des secrets de l'existence. De toutes ces choses étranges et inexplicables qui s'agitent dans nos cerveaux, qu'on pense uniques et qui sont en réalité universelles. Un film sur le désir et peut-être même la quête de soi-même dans un monde qui respire le chaud comme le froid.
La lumineuse Irène Jacob en est l'âme charnelle, sensuelle et généreuse. Elle obtint un prix d'interprétation féminine au festival de Cannes en 1991 pour sa double-interprétation et devint, dans les mémoires d'une génération de cinéphiles, l'héroïne immortelle de ce requiem construit comme un ballet symphonique. La Double Vie de Véronique, c'est donc tout ça : une addition d'éléments proprement merveilleux ; un ensemble de scènes qui sont tant de rébus indéchiffrables, tant de frisson, d'inquiétude, de beauté enfouis. Histoire de vie, de mort, mais surtout d'amour avec des personnages qui n'arrivent pas à retranscrire ou à mettre des mots sur les sentiments qu'ils éprouvent. Un film trésor aussi précieux que la vie elle-même dont le pouvoir hypnotique ne cesse de perdurer encore, et encore. En pleine promo, Irène Jacob, rayonnante, généreuse et toujours aussi belle (pourquoi ne la voit-on pas plus souvent ?) se souvient de cette expérience unique…


Dvdrama : La Double Vie de Véronique ressort en salles et parallèlement en DVD. Est-ce que vous pensez qu'il s'agit d'une seconde vie pour le film ?
Irène Jacob : En ce qui concerne La Double Vie de Véronique, je dois avouer que c'était une surprise. Une heureuse surprise. Il est vrai que ce film avait quelque peu disparu de la circulation, les droits étant dispersés. On ne pouvait plus le voir au cinéma, ni même à la télé. Personnellement, je n'avais plus qu'une vieille cassette Polonaise à la maison. Ça n'a pas été facile pour MK2 de rassembler les droits. Je trouve ça bien que le film puisse continuer à vivre sa vie. Beaucoup de spectateurs le redécouvrent et c'est toujours un plaisir de revoir un film que l'on aime sur grand écran quelques années plus tard. En tant que spectatrice, je sais que je vais toujours voir des rétrospectives avec plaisir.


Est-ce que vous savez pourquoi les différentes fins de La Double Vie de Véronique ne sont pas disponibles sur le dvd ? Est-ce dû à des problèmes de droits ?
Il existe effectivement différentes fins. Il existe la fin américaine où Véronique prend son père dans les bras. Pendant le montage, je me souviens que Krzysztof s'était demandé s'il allait faire des fins différentes. A la base, il voulait faire trois fins différentes, mais pour des raisons essentiellement commerciales, ça n'a pas eu lieu. La vraie fin est celle où l'on voit la main posée sur l'arbre. C'est une drôle de fin parce qu'elle restait opaque et ouverte. Le public japonais l'a beaucoup apprécié parce qu'il aime beaucoup les arbres et les questions étranges. En revanche, le public américain a trouvé le dénouement incompréhensible et demandé à ce qu'il y ait une fin plus satisfaisante, disons plus compréhensible. Ils s'en félicitaient parce qu'ils trouvaient le film bien meilleur avec cette nouvelle fin (rires). Dans le scénario d'origine, il n'y avait ni la fin avec l'arbre, ni la fin avec le père, elle finissait avec l'homme qu'elle recherche pendant tout le film. Quand Krzysztof a commencé le montage, il s'est rendu compte qu'il pouvait facilement inverser la première partie avec la dernière. Tout était facilement inversable en fait. C'était très difficile parce qu'il m'avait dit que c'était la première fois qu'il avait fait quinze versions différentes du film. Il ne savait pas s'il allait mettre l'histoire en Pologne ou celle qui se passe en France en premier ou s'il mélangeait les deux. Finalement, il a coupé un tiers du film, ce qui est énorme. Quand il est arrivé à la fin du film, on peut dire qu'il l'a carrément réécrit au montage plus que pour les autres parce qu'il avait déjà le montage précis dans la tête. Kieslowski avait peur d'être trop abstrait dans son propos comme trop explicite donc il ne savait pas comment trouver une voie entre les deux pour que le spectateur puisse se sentir actif.


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