Serial lover et
Brice de Nice : deux films radicalement opposés aux carrières et à l'accueil également d'une surprenante différence que rien ou presque ne peut lier. Pourtant il y a un homme derrière ces deux projets, le réalisateur James Huth, un personnage d'une discrétion et d'une humilité rare pour quelqu'un qui vient de ratisser tout le monde au box office. Pour la sortie simultanée de ses deux films en DVD, le cinéaste a accepté de revenir avec nous sur les dures lois du marketing…
Si Serial Lover sort aujourd'hui en DVD, c'est un peu grâce à Brice de Nice ou on peut espérer y voir un concours de circonstance ?(Rires) J'aimerais tellement vous dire "non", mais bon, c'est évident que StudioCanal Video a calé la sortie du DVD de
Serial Lover avec celle de
Brice de Nice. Mais tant mieux après tout. Il a fallu attendre sept années pour qu'il sorte en DVD, et c'est un film à succès qui a engendré ça. Je ne vais pas m'en plaindre. Si Brice s'était planté, il aurait peut être encore fallu attendre longtemps.
Etrangement, le film était déjà disponible en import depuis un bout de temps en plus.Oui. Figurez-vous que je me suis retrouvé à acheter le DVD de mon propre film à la fnac en import chinois. Il était sorti à une époque où le DVD était à ses balbutiements, et il est forcement devenu disponible en VHS, mais il s'est un peu noyé dans cette période de transitions entre les deux supports et a été oublié. Donc je passe à la Fnac, il en reste deux exemplaires et forcement j'en achète un.
Ca reste quand même une aberration qu'un réalisateur soit obligé d'acheter le DVD de son propre film.C'est vrai que le passage en caisse était étrange ! (rires) On le paye, on le met dans un sac, etc. Mais le monde du cinéma est tellement étrange que ce genre d'expérience peut être considéré comme normale. Et puis à coté de ça il y a une certaine émotion. J'étais très touché de voir qu'à l'autre bout du monde un éditeur se soit intéressé à mon film, qu'il ait fait un packaging particulier, avec tous ces sous-titres chinois et un court métrage chinois complètement farfelu. C'est récurant de voir des éditions multiples à travers le monde pour n'importe quel film, mais à cette époque, c'était la seule disponible avec une édition allemande que je n'ai jamais pu voir.
Ca doit quand même être frustrant de voir que même chez soit, personne n'y ait porté d'intérêt.Il y a une logique à toute chose.
Serial lover est sorti une semaine après
Le Dîner de cons et quinze jours après
Taxi. Soit exactement là où il ne fallait pas. On est noyé médiatiquement dans une période où personne ne pensait à son DVD en tournant le film. Aujourd'hui n'importe quel réalisateur travaille simultanément sur son DVD, donc quoi qu'il arrive, le DVD sortira dans les six mois suivants. Avec
Serial, on a fait le film dans la période précédent tout juste ce nouveau mouvement, comme dans le creux d'une vague. On n'a vraiment pas eu de bol. Pourtant lorsque je faisais la promo de
Brice, beaucoup de gens venaient me parler de
Serial. Le film a obtenu un petit coté culte, que l'on voit sous le manteau, et ça me touche vraiment que les gens se souviennent d'un film qui n'a pas subit de matraquage médiatique.
Maintenant il est disponible, mais personnellement je trouve son contenu un peu pauvre. Vous avez put vous y impliquer comme vous le souhaitiez ?Oui et non. Il y a plusieurs impondérables avec
Serial Lover, à savoir que j'ai travaillé sur le DVD et sur celui de
Brice en même temps. Ca c'est un premier soucis. Ensuite nous n'avions pas le même budget, ce qui en soit est normal. Enfin, et c'est le plus grave, tout le matériel utilisable qu'on avait à l'époque à disparu. Il y a quelques éléments qui sont restés et que l'on retrouve sur le DVD, mais plus du tout ce que j'aurais aimé. J'avais un projet d'affiche qu'on aurait pu utiliser comme jaquette, nettement mieux que ce qu'ils avaient utilisé à l'époque, et malheureusement il n'en reste plus rien. Enfin il faut quand même saluer leur travail : l'équipe de StudioCanal a fait avec les moyen du bord et je trouve qu'ils s'en sont bien sortis en plus d'avoir été super réactifs.