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Interview : Jean-yves Lafesse [page 1]

Par Arnaud Mangin - publié le 13 novembre 2006 à 00h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h17 - 0 commentaire(s)
Dévoilé par ses impérissables impostures téléphoniques, et consacré par son art d'importuner le passant avec une folie immersive impensable, Jean-Yves Lafesse s'impose comme l'un des plus efficaces représentants de l'improvisation. Avec le coffret Lafesse Gauche / Lafesse Droite disponible dans le commerce depuis la semaine dernière, il nous livre tout simplement le meilleur best of de près de 15 ans d'interventions farfelues dont lui seul a le secret. Un secret qu'il a néanmoins accepté de nous révéler…


En regardant le DVD, ce gros best of, on se surprend à connaître presque par cœur la plupart de vos interventions, et on rit toujours autant. Ce statut culte ne joue-t-il pas clairement en la défaveur de vos vidéos plus récentes, qui en comparaison paraissent moins percutantes ?
Pour obtenir ces petits micro-trottoirs, cela demande beaucoup de temps. Dans le nouveau DVD, qui regroupe les classiques, on se retrouve avec des chroniques sur lesquelles j'ai longuement pu travailler, et peaufiner le montage. On n'obtient bien évidemment pas des réactions tordantes forcément du premier coup, et mes anciennes VHS comme mes anciens DVD demandaient une année de tournage. J'avais nettement plus de matériel, surtout en terme de qualité. Pour mes deux derniers DVD qui ne sont pas une compilation de chroniques télés, mais un programme uniquement destiné à la vidéo, l'éditeur et les producteurs ne m'ont laissé que dix ou douze jours. Point final, ça ne se discutait pas. On va donc très vite, on rencontre moins de gens, et fatalement moins de perles éventuelles. C'est pour ça que lorsque Studio Canal m'a proposé le Best Of, j'ai immédiatement accepté et je leur ai fourni tout le matériel nécessaire. Maintenant, je ne voudrais pas dire que "C'est moins bien maintenant" puisque le prochain innove totalement et pourtant je n'ai eu qu'une vingtaine de jours. En fait, j'ai fait quelque chose que je n'avais encore jamais tenté avant, l'utilisation de costumes. Donc je suis en chinois, en vieille dame "Madame Ledoux", en petit vieux ou en sado-maso et je continue à faire ça dans la rue, avec la caméra derrière moi.


On est alors dans le prolongement des canulars radiophoniques…
Oui. Mais c'est le principe du comédien, d'utiliser des costumes. C'est d'ailleurs pour ça que jusqu'à maintenant, je n'utilisais que des costumes un peu classe pour paraître moins fou auprès des gens que j'accostais. Ca n'a l'air de rien, même les fous ont le droit de bien s'habiller, mais dans l'esprit des gens ça crédibilisait ce que je leur disais. Mais là, pour mes prochains sketchs, ce sont vraiment de tous nouveaux costumes et c'est vraiment un bonheur. Ca me permet d'aller encore plus loin. Je n'aurais jamais imaginé aller aussi loin.

D'ailleurs, comment font les gens pour ne pas voir la caméra ?
Alors là j'ai de la chance parce que j'ai toujours travaillé avec des cadreurs vachement balaises. C'est constamment filmé caméra à l'épaule, et ils parviennent à se faufiler, se glisser un peu partout sans que les personnes s'en rendent compte. Mais c'est un style comme un autre. J'aurais très bien pu faire de la caméra cachée ou miniature mais mon but n'est pas tant de tendre un piège, parce que c'est assez rapide, mais plutôt d'étudier la réaction des gens. Leur faire se poser des questions quelques secondes. Et cette caméra, c'est un peu la signature de notre style, parce que le caméraman rentre généralement dans le champs de vision de la personne au moment où elle est déboussolée, qu'elle ne sait plus quoi dire. Soudainement, en une seconde, elle comprend alors et se relâche d'un coup. La plupart éclatent de rire d'ailleurs.



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