Par Olivier Burgain - publié le 13 avril 2005 à 12h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h26 - 0 commentaire(s)
Génial dessinateur et scénariste de BD pour enfants et aussi pour adultes, Joann Sfar s'est investit pleinement dans l'adaptation du Petit Vampire en série TV. Une série pleine de charme et portant la patte graphique inimitable de son auteur, propice à séduire petits et grands, et arrivant en DVD cette semaine sous la forme de deux volumes. En cette occasion, nous sommes allés rencontrer l'artiste derrière tout ça...



Comment est née l’adaptation de Petit vampire?
Elle est née de ma capacité à dire non à d’autres propositions avant d’accepter celle-là. Sur le dessin animé Petit vampire trois autres sociétés de production - que je ne vais pas nommer - ont voulu en faire une adaptation que j’ai à chaque fois refusé. Ils souhaitaient en tirer un dessin animé TV classique, avec une grosse société de production, et je n'aurais pas pu contrôler grand chose. La société Story m’a proposé une très petite structure de travail où on pouvait tout réaliser en France sauf le montage son qui s’est fait en Irlande - mais ce n’est qu'une étape technique. J’ai donc pu jouer pleinement mon rôle de directeur artistique, à savoir être présent pour les enregistrements de voix, de musique, choisir les musiciens, choisir les comédiens, travailler de concert avec les dessinateurs, choisir les dessinateurs qui allaient travailler avec nous, le tout sous l’égide d’un réalisateur qui est un vieux briscard du dessin animé : Christian Choquet qui avait commencé à travailler sur Les Cités d’or, sur Ulysse 31, etc. Dès le début j’ai eu le sentiment qu’avec ce projet dans ces conditions, on pouvait s’amuser. J’ai également obtenu l’assurance du principal bailleur de fond de France 3 qu’on aurait la même liberté que dans un livre. C’est à dire que je pouvais foutre la trouille si j’en avais envie, je pouvais faire des histoires d’amour, des histoires rigolotes où il y avait du caca si je voulais. On a écrit 23 épisodes avec ma femme et des gens qui viennent vraiment de la bande dessinée, ma bande de copains. Tout cela permettait d’y aller en sachant que ça allait être bien.

Quelles ont été les difficultés de l’adaptation de la bd vers le dessin animé ?
Il n'y en a finalement pas eu beaucoup. Tout a été mis en oeuvre pour que les aspects spécifiques aux métiers du dessin animé soient pris en charge par des pros qui connaissent très bien ce domaine. Ils m’ont utilisé pour ce que je fais de mieux, c’est à dire dessiner, donner des conseils aux dessinateurs et m’occuper des histoires. La difficulté a donc été pour moi d’apprendre à travailler en équipe, ce qui n’est pas très facile puisque j’ai l’habitude certes de travailler avec des dessinateurs mais juste un. Là, quand on travaille avec dix ou vingt personnes, il faut respecter les susceptibilités, ne pas vexer, accepter que comme on n'est pas là tout le temps on doit s’habituer à des petites approximations. Ce qui quand on est un peu maniaque comme moi n'est pas évident du tout ! La BD a de confortable qu'on est tout seul chez soi à faire ce qu’on veut que, et dès qu’il faut faire la moindre concession de confort, c’est emmerdant. Par exemple, être obligé d’expliquer à un dessinateur comment je dessine, comment j’ai envie qu’on fasse tel décor, ou tel bonhomme, ou quoi, ce n'est pas facile. Mais bon, je ne dirais pas que c’est insurmontable. J’ai tenu pendant tout le dessin animé à ce que ce ne soit pas mon activité principale, j’ai tenu à continuer de faire des bandes dessinées, simplement parce que sinon, je me serais asséché. Je serais devenu assez vite un professionnel ou un machin, ou quoi, et pour moi l’animation, je souhaite que ça continue, mais ce sera toujours une activité annexe par rapport aux bandes dessinées.


Comment abordes tu le langage parfois borderline pour des enfants ?
Tout simplement parce que j’ai eu la chance de beaucoup intervenir dans des écoles, et je me suis aperçu qu’il y a beaucoup de choses qui passent à l’oral avec les gamins. En particulier l’utilisation de plusieurs registres de langage. Moi ce qui m’importe c’est qu’un enfant soit capable de s’exprimer bien et mal, qu’il maîtrise plusieurs niveaux de langage. Ce qui est triste c’est un gamin qui ne sait parler que d’une seule manière. Tout simplement... je ne m’interdis pas grand chose.

Il n’y a pas eu de restriction de la part des producteurs ?
Non. J’ai fait exprès de leur présenter dès le début les scripts les plus emmerdants pour savoir si ça passait ou pas. Il s’est avéré qu’il n’y a qu’une chose pleinement interdite : la violence gratuite, mais comme ce n'est pas du tout la thématique de Petit vampire. Non au contraire, ça leur a plu. Il y a une petite originalité, des personnages qui ont des accents régionaux. En télé cela ne s'entend jamais, parce qu’on vexe toujours un groupe ethnique ou religieux... Moi je partais du principe que dans la mesure où ce n'est pas dépréciatif ni même stigmatisant pour une population, il est sein d’utiliser les diverses manières qu’on a de parler la langue française. Je trouvais ça drôle que le monstre ophtalmo s’exprime comme un vieux créole, que le chien fantomate parle comme un niçois. Mais pour le coup je ne transigeais pas, il fallait vraiment qu’il parle comme un niçois et pas comme un marseillais, on est donc allé chercher un comédien de Nice.


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