À une semaine de la sortie en salle de Chrysalis, comment vous sentez-vous ? Je ne lis plus la presse. J'ai appris que
Première m'a mis une étoile blanche sans même avoir vu le film. À l'époque de
Transit, il y a un mec de France 2 qui m'avait parlé comme à une demi-merde, il ne voulait pas entendre parler de mon court métrage. Et, là en sortant de la projo il y a deux semaines à Saint-Jean-De-Luz, le même mec me tape dans le dos. Je lui dis t'es barjo ou quoi ? Évidemment, j'étais avec Marie et Albert et ça change les choses. Je lui ai dit "mais barre toi". Je me souviens de ta tête. Je lui ai ai dit "toi tu es journaliste moi je fais du cinéma. Tu seras interdit de séjour sur le tournage de mes films".
Ça joue sur le moral ? Moi je crois aussi que ça amuse la critique. Vous avez vu à quelle sauce il a été bouffé Jean Jacques Annaud ! Vous avez vu à quelle sauce ils ont été bouffés Jeunet et Besson ! J'ai passé pour ma part deux ans à faire un film que j'espère bon et beau, mais la culture du beau ici en France c'est suspect. Si vous faites un film pourri en Hi8 avec du gros grain, caméra à l'épaule dans une salle de bain, tout le monde crie au génie. Moi je me fais chier à trouver l'argent pour faire les effets spéciaux, pour amener un truc différent, et les mecs en face ils bourrinent ton travail. La majeure partie des critiques sont des frustrés.
Chrysalis, si c'était un film de Tony Scott ou de qui vous voulez comme réalisateur américain, pour
Premiere et
Studio ça passerait comme une lettre à la poste. Et là, le truc qui les dérange c'est Julien Leclerq, 28 ans, Gaumont, il y a un truc de suspect.
On peut prendre l'exemple de Jan Kounen qui à l'époque de Dobermann s’était fait cracher dessus par une majeure partie de la presse. Et maintenant les mêmes critiques l'encensent pour 99 francs. Exactement. Moi je me dis que le métier fait, que les journalistes et les réalisateurs sont amenés à vivre ensemble, à se revoir à chaque film. Il y a une relation qui se crée. Pour moi, les mecs comme ça, qui descendent les films sans même les avoir vus n'en n'ont pas conscience. Je ne les comprends pas. Je l'annonce pour
GIGN, je vais faire ma Besson Attitude, il n'y aura plus de projo presse. Je réalise les films pour moi, et aussi pour les gens. Quand je fais la tournée en province ou au Canada ou encore à Toronto, il y a pas si longtemps, et qu'il y a un mec de 300 kilos qui me tape dans le dos et qui me dit "Putain les combats j'ai trop aimé ça !" ça pour moi c'est ma récompense. Et quand je vois les petits parigots aigris qui n'ont plus faim, qui se matent 3 à 4 films par jour… Moi je préfère vous montrer le film à vous Excessif en privé. Que vous aimiez ou que vous n'aimiez pas, après on en discute. Je ne suis pas contre la critique négative. Mais je préfère qu'on prenne le temps d'en parler. Je suis déçu par la connerie journalistique. Et puis c'est très parisien. En ce moment où je vous parle on est en plein Paris au K Palace, c'est très centriste comme truc. Moi je leur dis : prenez votre voiture, allez à Nantes, allez en province. Je suis un mec du Nord-Pas-de-Calais. Jamais quand j'étais ado, je ne me suis dit "alala il a quatre étoiles ce film dans Télérama." Jamais je n'y suis allé pour cette raison. Ce qui me parle le plus, ce sont les affiches, la bande-annonce, les extraits du film.
De toute façon les journalistes du net ce sont les journalistes de demain. Pour GIGN sur l'assaut de Marignane, je vais faire des projos avec le service journalistique, mais aussi avec du public, qu'on en discute.
Propos recueillis par Gwenaël Tison