Par Arnaud Mangin - publié le 08 novembre 2007 à 23h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h26 - 0 commentaire(s)
Bouclant actuellement un tournage, Julien Seri, réalisateur de Scorpion, nous a accordé un entretien durant une petite pause et revient sur la conception de son film. Mais nous offrant bien plus qu'une simple interview, il témoigne surtout de son actuelle satisfaction. Après une carrière jalonnée d'embûches, le jeune cinéaste trouve enfin avec son nouveau film, et à l'image de son héros campé par Clovis Cornillac à l'écran, l'occasion de dévoiler son savoir faire sans contrainte…



Comment rebondir après l'échec des Fils du vent ?
Le plus simplement du monde, parce qu'il faut avancer quoi qu'il arrive. Dans ce métier, si on reste focalisé sur une mauvaise chose, il n'y a aucune chance d'évoluer, ni de s'offrir l'opportunité de faire mieux. Les Fils du vent, c'est un film qui compte énormément pour moi, donc je suis forcément triste que deux années d'effort aboutissent à rien du tout. Je suis triste, mais je ne suis pas miné parce que c'est un film qui n'est pas exactement ce qu'il aurait dû être. Ce que j'entends par là, c'est que selon moi, la production a extrêmement mal fait son travail et possède une grande part de responsabilité dans le résultat à l'écran. Ils ont créé ce que l'on a pu reprocher au résultat final et je ne suis pas le seul à récolter cet échec. Pour être tout à fait franc, le film m'a échappé parce que leurs ambitions n'étaient pas les mêmes que les miennes.

Il a été produit pour de mauvaises raisons ?
Je voulais faire un film. Eux voulaient faire la nique à Besson en lui piquant les Yamakasis et en jouant sur son "terrain de chasse". A partir de ce moment là, ils avaient déjà gagné et ont jeté le film à la poubelle très tôt. J'ai entendu des choses aberrantes à l'époque comme le fait qu'il y avait trop de noirs à l'écran ou même que l'un des producteurs ne montrerait jamais le film à ses enfants parce qu'il le trouvait déviant. On a atteint des niveaux d'imbécillité qui m'ont dépassé. On m'a même dit quelque chose comme "Michel Blanc n'aurait pas fait pas comme ça !". J'en rigole maintenant, mais sur le moment je me suis demandé si je n'avais pas affaire à un dingue. J'adore Michel Blanc, il fait de très bons films, mais il faut comparer ce qui est comparable. Je n'en reviens toujours pas que des gens qui ont raison d'être contents du succès d'Embrassez qui vous voudrez soient négligents au point de ne pas faire la différence avec un film de combats. S'il y a une erreur que j'ai faite sur ce film, c'est d'avoir travaillé pour un trop gros chèque en acceptant les concessions, et de m'être tout simplement entouré des mauvaises personnes. En revanche, Scorpion c'est exactement le film que j'ai voulu faire et que j'assume à 100%. J'ai enfin trouvé avec Cedric Jimenez un producteur passionné, concerné et qui voulait le même film que moi. Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, cette fois-ci je le prendrai totalement sur moi.



Vous êtes réticent à retravailler avec des grands studios, désormais ?
Pas du tout, parce que l'on peut toujours tomber sur quelqu'un de bien comme de mauvais et je me refuse à boycotter qui que ce soit. En général, lorsque l'on bâtit un film, on essaie de travailler sur un niveau de confiance. La grande différence, c'est que du point de vue d'un réalisateur c'est un investissement personnel, et du point de vue des producteurs, sauf quelques exceptions, ce n'est qu'une opportunité de faire rentrer de l'argent. Il faut alors que les deux parties se mettent suffisamment d'accord pour éviter les conflits et les frustrations. J'ai eu des mauvaises expériences passées, mais je vais de l'avant. Avec Scorpion, qui reste dans le registre du film indépendant parce qu'il a coûté quatre fois moins que Les Fils du vent, je montre aussi aux producteurs que je ne suis pas le cinéaste capricieux que certains prétendent et que mes exigences ne sont pas aberrantes.


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