Par Elodie Leroy - publié le 07 décembre 2005 à 05h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h41 - 0 commentaire(s)
A l'occasion de la sortie de Frères de Sang, le réalisateur Kang Je-Gyu a fait un détour par Paris avant de se rendre à Cannes en mai dernier. Décontracté et sympathique, le cinéaste à qui l'on doit aussi le désormais classique Shiri a gentiment accepté de répondre à nos questions sur son dernier film. Il revient sur les difficultés qu'il a rencontrées, sur ses choix en tant que réalisateur et sur les réactions du public coréen lors de sa sortie.


DVDRAMA : Quels étaient les principaux défis que vous avez dû relever lors du tournage de Frères de Sang ?
Kang Je-Gyu
: Tout d'abord, il s'agissait du film le plus cher jamais réalisé en Corée. Il a été très difficile de réunir ce budget, surtout qu'à l'époque, plusieurs films à gros budget n'avaient pas marché. La deuxième chose qui a posé problème est que le film est essentiellement tourné en extérieur et nous avons donc dû nous battre contre les éléments de la nature comme la pluie, le brouillard mais aussi les typhons. Nous n'avions aucun contrôle sur tous ces éléments. Si vous regardez dans le film, il y a beaucoup de scènes qui se déroulent dans les montagnes, à 1200 ou 1300 mètres d'altitude. Or à cette époque de l'année, il y avait beaucoup de brouillard et nous devions attendre qu'il se dissipe avant de tourner. Il y a aussi une scène qui se déroule en hiver avec de la neige. Nous l'avons tournée en février et mars et à ce moment-là la neige montait jusqu'à 7 ou 8 mètres. Mais à cet endroit, les conditions climatiques sont un peu spéciales, elles sont d'ailleurs uniques au monde. En particulier les températures, qui ont tendance à chauffer très vite lorsqu'on approche de l'été. Et alors que nous étions en train de tourner, la neige s'est mise à fondre et le niveau à descendre d'un mètre par jour. A la fin, il n'en restait plus et nous avons dû faire venir par camions de dix tonnes de la neige en provenance des zones restées dans l'ombre. La troisième difficulté notable que nous avons rencontrée est que nous n'avons eu absolument aucun soutien de la part des militaires. En effet, l'armée voulait que nous changions le scénario car certains éléments ne leur étaient pas favorables. Nous avons dit que nous ne pouvions pas changer l'histoire et c'est pourquoi ils ne nous ont donc pas aidés du tout. Nous avons donc dû tout fabriquer par nous-mêmes : les tanks, les trains, les armements... Tout a dû être fabriqué pour les besoins du film.


Comparé aux films de guerre réalisés précédemment, qu'apportez-vous de nouveau dans Frères de Sang ?
Avant de tourner le film, j'ai vu Le Pianiste de Roman Polanski, et j'ai pensé que ce que le film tentait de traduire avait des points communs avec ce que je voulais montrer. J'ai donc réuni mon équipe, y compris les acteurs et les actrices, et j'ai organisé pour eux une projection spéciale de ce film dans une salle de cinéma. Beaucoup de films de guerre se focalisent sur le combat contre l'ennemi et tournent autour d'une mission qui doit être accomplie, comme s'il s'agissait de gagner un jeu. Mais dans mon film, je voulais faire ressentir ce qu'est véritablement la guerre mais aussi la lutte pour la survie, la violence qui ressort et la signification que prennent les valeurs de la famille dans ce contexte. Je pensais que ces aspects manquaient dans beaucoup de films hollywoodiens et j'ai tenté de les exprimer dans mon film. D'autre part, il existe beaucoup de films sur la Première et la Seconde Guerre Mondiale ou même sur la Guerre du Golfe, mais dans celui-ci, il s'agit de la Guerre de Corée et il n'y a pas encore eu de film sur le sujet. Rien que pour cette raison, le mien allait forcément être différent, car il montre une guerre différente de celles que vous avez pu voir au cinéma dans le passé. Mais comme je viens de le dire, je voulais montrer que pour la plupart des soldats, le plus important n'est pas de tuer ni de se battre mais d'en finir le plus vite possible avec la guerre afin de rentrer chez eux pour vivre heureux et en paix. Peu de films se focalisent sur cet aspect et c'est ce que j'ai voulu faire. Et pour cela, j'ai utilisé les personnages des deux frères, qui se fichent de ce qui se passe autour et désirent juste rentrer.



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