Un auteur de romans policiers millionnaire invite chez lui un comédien au chômage, pour lui proposer de simuler un cambriolage afin de toucher l'argent de l'assurance. Les deux hommes ne sont peut-être pas aussi étrangers qu'il n'y paraît... C'est le début d'un jeu dangereux, d'un duel implacable entre deux intelligences rivales...Entretien avec Kenneth BranaghAprès le projet de La Flûte Enchantée, à la logistique très lourde, aviez-vous besoins de revenir à quelque chose de plus facile à contrôler? Ou était-ce déjà programmé parmi l'agenda de vos projets?KB) A vrai dire c'était un accident heureux après La Flute Enchantée, vu la nature épique de son sujet. Cela fut une heureuse occasion pour moi d'être impliqué sur le projet du Limier. Mais la raison initiale de cette implication n'a pas été la relative simplicité, en terme de logistique, du projet mais bel et bien le scénario d'Harold Pinter. Mais c'est vrai que je trouvais séduisante l'idée d'un "film de chambre", comme on pourrait parler de musique de chambre, pour metteur en scène et acteurs. D'une certaine façon c'était une pièce musicale écrite par Harold Pinter. J'étais heureux que l'on me propose de participer à ce projet.
Après Jude Law, Michael Caine et Harold Pinter, vous étiez la dernière personne à être impliquée pour que le projet se mette définitivement en route, pensiez-vous que le scripte était fait pour vous ou nécessitait-il d'être apprivoisé peu à peu?KB) J'étais captivé par le scripte dès ma première lecture. J'y trouvais une qualité inquiétante, dérangeante. Dans ce sens, c'était tout à fait dans la lignée du travail d'Harold Pinter. J'y voyais une qualité cinégénique, très provocante. Cette première lecture était vraiment haletante, le scénario était plein de tensions et de suspens. La première chose qui m'a vraiment accroché, c'était l'atmosphère qui s'en dégageait, qui s'imposait à chaque page. Cette atmosphère avait quelque chose d'instable. Une des choses appréciables était que je ne m'étais pas attardé sur la compréhension du scripte, de l'intrigue, des personnages, je n'ai pas déconstruit le scénario, j'étais au contraire avalé, intrigué par l'ensemble. Ce scénario était vraiment pour moi une énigme brillante.
Vous connaissez très bien le travail d'Harold Pinter? J'ai lu que votre première pièce de théâtre était une adaptation de l'une de ses oeuvres...C'est vrai. C'était en fait une audition, une lecture, pour le concours d'entrée à la Royal Academy of Dramatic Arts. La lecture d'une pièce appelée "the caretaker". C'était mon introduction au monde sombre et dangeureux d'Harold Pinter. Son oeuvre est tellement à part dans le répertoire théâtral anglais. J'étais moi-même surpris, entre mon audition passée à l'âge de seize ans et ce projet du Limier, soit près de trente ans après, de ne pas avoir retravaillé plus tôt à partir d'un matériau du dramaturge. De nombreux amis à moi ont souvent joué dans ses pièces parce qu'elles sont très reconnues en Angleterre. C'était vraiment plaisant à la fois de revenir vers le dramaturge mais également de rencontrer l'homme.