Par Arnaud Mangin - publié le 06 février 2006 à 07h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h47 - 0 commentaire(s)
Et tu ne serais pas tenté de faire ton Amélie Poulain ici ? Ton travail de réalisateur populaire serait bien plus remarqué en France qu'en faisant un petit film d'action aux Etats-Unis.
J'ai lâché mon script de "Sylvie Cheval" (rires)… J'ai une idée de film français qui appartiendrait au patrimoine français uniquement, mais qui serait exportable malgré tout parce que ce serait du genre. D'ailleurs pour l'instant je n'ai pas d'autre ambition que de faire du divertissement : c'est ce que j'aime et je veux surtout réaliser un film que j'aimerais en tant que spectateur. Mais je me refuse à faire du Canada Dry, c'est-à-dire un faux film américain en français.


Et la reconnaissance dans tout ça ?
Je m'en fiche un peu, et ce n'est pas encore en France que je serais reconnu de toute façon. Mon vrai gros plaisir à moi en tant que réalisateur pour le moment, c'est de payer pour aller voir mon film, de m'asseoir devant dans un coin, et de me retourner pour voir la réaction des gens. Tu n'as pas idée de ce que ça peut procurer de voir tous ces inconnus qui réagissent face à ton travail, qui crient ou qui rient parce que tu as décidé que ça se passerait comme ça. Ma reconnaissance je la trouve vraiment à ce moment là, et aussi quand je sors de la salle et que j'entends les commentaires. Et puis, si je vais aux Etats-Unis c'est parce qu'on m'a dit des choses que je n'ai jamais entendues en France. Jamais personne en France ne m'a contacté en me disant "Louis Leterrier, je pense que vous avez des idées, que vous pouvez écrire des choses intéressantes. Discutons-en !". Alors qu'aux Etats-Unis, il y a un grand monsieur qu'on a cité brièvement tout à l'heure qui m'a demandé de lui proposer des idées si j'en avais. Ce que j'ai fait et j'ai eu droit à un "Ok partons sur ça !". (ndlr, nous vous encourageons à retourner en arrière dans l'interview pour retrouver les deux noms de producteurs/réalisateurs cités...)

C'est donc du concret…
Aux Etats-Unis il n'y a jamais rien de concret. Tu peux même te faire virer de ton propre film après trois semaines de tournage. Le prochain ce sera du concret quand on fera l'interview pour le DVD.


Sur Le Transporteur 2 qui est produit par les américains, tu étais quand même maître de ton film ?
On ne l'est jamais parce qu'on croule sous les impératifs, et pas forcement de la part des producteurs, mais pour des détails souvent très cons. La pluie, la santé ou d'autres choses te font parfois revoir tes ambitions à la baisse, et ce n'est pas un mal de comprendre qu'on n'obtiendra pas toujours ce dont on a envie. Rien que pour ça, travailler avec Besson c'est une très bonne école parce que ça permet de s'asseoir sur son ego. Quand tu débarques chez lui, tu as quand même affaire à un mec qui a fait quelque uns des meilleurs films d'action qui existent et il sait de quoi il parle. Donc quand il me dit que son idée est meilleure que la mienne, je l'écoute. J'ai à peine plus de 30 ans tu sais, et on m'a confié des films monstrueux dans leur genre, que beaucoup de mecs de mon âge aimeraient réaliser. C'est important d'avoir la tête sur les épaules et de conserver de l'humilité. Si tu crois que tout t'est ouvert parce que tu as fait trois films qui ont bien marché sur le plan international, tu n'en feras jamais un quatrième.


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