Dans le premier film de Jalil Lespert,
24 mesures, Lubna Azabal incarne une fille perdue qui essaie de réparer les pots cassés dans l’atmosphère délétère d’une veille de Noël. Un rôle pour lequel cette comédienne d’origine belge remarquée dans des films d’auteur comme Viva Laldjérie, Exils et
Paradise Now, s’est teinte en blonde et s’est impliquée une nouvelle fois corps et âme. Comme dans tous ses films à ce jour.
24 mesures donne l’impression d’avoir été tourné à toute à l’allure. Comment s’est passée cette aventure ?On a tourné dans l’urgence. Comme chacun d’entre nous avait d’autres engagements et que le budget n’était pas énorme, il a fallu tourner en quatre semaines et demie. On a travaillé en amont avec Jalil
[Lespert], essentiellement sur le corps de mon personnage, sa démarche et même ce qu’elle met aux pieds. Il fallait trouver quelque chose d’assez physique, pour ne pas avoir à se poser trop de questions au moment du tournage. Il y avait un scénario très précis, mais on était tous au taquet. Peut-être parce qu’il est lui-même acteur, Jalil aime ses acteurs et ne les lâche jamais. Il nous suivait et nous supportait, dans le bon sens du terme. Il avait envie que tout soit là, vivant, et qu’on capte les peaux.
Est-ce qu’il tournait beaucoup de prises différentes ?Non, les prises n’étaient ni particulièrement nombreuses ni très différentes. Comme on travaillait beaucoup avec la cadreuse, qui a réalisé un travail extraordinaire, et qu’on tournait des longs plans séquences, on ne pouvait pas faire n’importe quoi. Du coup, on répétait beaucoup avant, essentiellement pour le cadre et la lumière. Et dans cette mécanique-là, nous acteurs, on respirait.
Comment avez-vous abordé votre personnage ?Essentiellement d’un point de vue psychologique. Comme sur la plupart de mes films, j’ai surtout travaillé sur l’imaginaire et l’observation. À partir du moment où j’ai le sujet et surtout le personnage en face de moi, je passe mon temps à observer et à absorber tout ce qui pourrait le nourrir. Par exemple, je suis même allée demander du boulot dans une boîte de strip-tease. J’ai même été engagée, d’ailleurs…
[rires] Indépendamment du film proprement dit, j’avais besoin d’avoir un rapport avec un patron, mais aussi de voir à quoi ressemblaient les femmes qui travaillaient là-dedans et quel regard elles avaient, leurs odeurs, leurs visages, la fatigue… Parce que ce sont des femmes qui ont une vie de merde.