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Interview : Martin Cognito (exes) [page 3]

Par - publié le 23 juin 2008 à 17h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h11 - 0 commentaire(s)
Il plane une grande ambiguïté autour du personnage "Martin Cognito". Certains pensent que vous êtes Gaspar Noé ou Laurent Bouhnik.
Tout est né d’une rumeur. Avant de faire des pornos, j’ai fait quelques courts-métrages et des documentaires et donc il y a eu le buzz comme quoi Cognito venait du cinéma traditionnel. Personne ne s’est dit que ça pouvait être un mec inconnu. Un jour, l’un de mes films pornos était présenté à la cinémathèque et comme il était dans la salle assis à côté de moi, tout le monde a cru que c’était lui. Gaspar s’est prêté au jeu parce qu’à chaque fois qu’on lui demandait, il répondait qu’il était Martin Cognito. C’est un secret de polichinelle mais ça fait partie du fantasme. On pense souvent que c’est Jean-Claude Brisseau aussi. On a même fait des sorties dans les salles de mes pornos où lorsque je devais venir, il y avait dix personnes dans la salle avec des cagoules. Les journalistes ne savaient pas à qui parler. C’est ludique et puis dans un sens, ça m’arrange parce que je n’ai pas envie d’être reconnu. La célébrité ne m’attire pas. Je me souviens même que lors d’une fête alcoolisée, j’ai avoué à un journaliste que j’étais Martin Cognito et ce dernier m’a répondu "allez, arrête tes conneries". Avant j’avais une cagoule en cuir, maintenant, j’ai un vêtement que portent les casseurs en pleine manif pour ne pas se faire repérer. Un ami me l’a offert, je trouve ça épatant. Les Daft Punk également ont commencé masqué pour fuir la célébrité. Le fait qu’un mec porte une cagoule, ça intrigue à une heure où tout le monde veut montrer sa tronche. Dès fois, je me prends des réflexions comme quoi je suis trop nombriliste mais c’est précisément l’inverse. Le masque est très dérangeant, je pense. J’ai déjà fait des séances photo avec une cagoule, le résultat était intrigant.



La scène finale est une référence à Orange Mécanique. Quels sont les films, punks ou non, qui vous ont marqué ?
Le terme punk est vraiment inconsciente chez moi parce qu’on ne travaille pas volontairement dans une démarche punk. Les Sex Pistols, quand ils ont construit un groupe, ils ne savaient pas chanter ni jouer de la guitare. Et c’est devenu l’un des plus grands groupes au monde. On a envie de faire du cinéma alors on en fait. Pour ce qui est du cinéma, je suis très inspiré du cinéma asiatique. La référence à Orange Mécanique est très appuyée dans Exes. Je trouvais ça amusant qu’il s’en prenne à l’handicapée et non pas à la fille. Dans l’ensemble, c’est très sale gosse. Il ne faut surtout pas chercher midi à quatorze heures: beaucoup de journalistes trouvent des symboles dans mes films. Il y en a qui trouve ça génial ; d’autres qui disent que c’est nul parce que c’est truffé de symboles. Il y a mille fois plus de symboles dans le cinéma asiatique que dans le premier quart d’heure de mon film. Je suis un fan absolu de réalisateurs comme Takashi Miike et de Shinya Tsukamoto qui réalisent leurs films avec la même énergie. Miike sort beaucoup de ses films directement en vidéo et en fait des dizaines par an. Il sait très bien filmer. Parfois, c’est complètement foutraque comme Visitor Q; d’autres fois, c’est plus léché comme Audition. Il a 50 balais et se comporte comme un sale gosse. Un cinéaste comme Jean-Claude Brisseau avec lequel je suis devenu ami au fil des ans m’impressionne également. Je sais qu’il est très fan de mon premier long métrage porno de la trilogie Claudine, Axelle et Virgine parce qu’il est fasciné par cette façon de tourner et aussi parce que le film parlait du désir féminin. D’ailleurs, ma trilogie a plus été achetée par des femmes que par des hommes. J’ai tourné Exès en même temps que lui tournait Les anges exterminateurs. Je lui ai demandé des conseils et lui aussi m’en demandait pour les scènes où les filles se masturbent.



Grégoire Colin s’est beaucoup investi dans le projet, non ?
Oui, on a répété trois mois avec lui. Je l’avais rencontré pour un autre projet qui était une adaptation d’un roman de Jean Genet. Puis, on avait des difficultés à le monter parce que tu comprends, Genet, aujourd’hui, les producteurs pensent qu’il s’agit de Jean-Pierre Jeunet. Je me suis toujours dit que si je devais faire un film, Grégoire serait dedans. Il me fait penser à Adrian Brody. Il sera dans tous mes films de toute façon. Mais je ne convaincs pas un acteur en lui envoyant un projet, je le convaincs plus en faisant une rencontre autour d’un verre. Il était à fond pour nous suivre dans l’aventure. Même chose avec Abel Ferrara que je suis allé voir directement dans sa chambre d’hôtel. Il sortait de l’avion, je l’ai attendu dans le hall, je vais le voir. Au départ, il n’était pas très content parce qu’il ne voulait pas faire l’acteur. Il déteste ce qu’il a fait sur Driller Killer, mais je le rassure en lui disant que c’est pas prise de tête etc. Il n’avait rien lu du scénario. On sortait de tournage, je le rejoins au restaurant, je lui ai écrit le texte dans le camion et sa scène est devenue indispensable dans le film. Je ne voulais pas que ce soit une scène anecdotique. Dans le taxi, il a lu la scène, et on est arrivé sur le lieu et il a joué. Il était super content mais bizarrement, il était très soucieux de connaître son texte. Il était mort de trouille alors que c’est un réalisateur pour lequel j’ai une vénération et que j’étais également mort de trouille car j’avais son regard de réalisateur. Il me serrait dans ses bras, me caressait le ventre, faisait montre d’une vraie affection.



Vous êtes-vous fixé des limites sur Exes ?
Non, les seules limites étaient des limites de temps. On le voit d’ailleurs dans le making-of : il y a plein de plans que j’aurais dû faire mais certains travellings étaient trop longs. On n’a pas fait une heure supplémentaire, mais trois sur quinze jours de tournage. Quand c’est pour Abel Ferrara par exemple, on ne rechigne pas. Plus la journée avance, plus on respecte un temps de travail donc on était constamment en mouvement. Ça nous a obligé à écourter certaines scènes. On ne voulait pas exploiter les gens qui se sont engagés. C’est un peu ce que fait Takashi Miike : la contrainte oblige à contrarier le scénario.
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