A l'occasion de la sortie de
Gothika en DVD, Mathieu Kassovitz revient sur son premier film aux Etats-Unis, mais aussi avec du recul sur Les Rivières Pourpres, sur ses futurs projets, et s'attarde sur le format DVD qu'il ne porte pas forcément dans son cœur...
Que pensez vous avec le recul de votre expérience aux Etats-Unis ?C'était une très bonne expérience. Gothika s'est fait très très rapidement, commandé vite, tourné vite. C'était une énergie différente de ce que j'avais connu jusqu'à maintenant. Loin d'être un projet personnel, je suis arrivé les mains dans les poches avec la seule prétention de faire un film qui fasse peur et qui remplirait le cahier des charges du producteur.
Et par rapport à l'expérience des Rivières Pourpres, votre précédent film, qui était aussi une commande mais française ?Les Rivières Pourpres était moins un film de commande, car en France en tant que metteur en scène je "fais" le film. Si le producteur dit "non" et que le metteur en scène dit "oui", ce sera "oui". J'ai été appelé pour adapter un bouquin, on m'a laissé participer à l'écriture du scénario, inexistant à l'origine. J'ai fait des
Rivières Pourpres mon propre film.
Aux Etats-Unis c'est le producteur qui dirige, le mot "commande" prend alors tout son sens. Si tu as une idée qui ne peut pas passer, elle ne passera pas. Sur
Gothika j'avais un scénario, une actrice, une date pour livrer le film. Point. L'implication est moindre.
Quel est le plus contraignant alors ? Faire un film de commande français comme Les Rivières avec toutes les responsabilités que cela implique, ou américain comme Gothika où le producteur prend tout sur lui ?Avoir un producteur c'est avoir une soupape de sécurité, un regard extérieur qui te dit "Là t'es pas assez efficace", "là ça pourrait être mieux", "plus rapide", "prend plus ton temps ici". C'est un vrai partenaire donc c'est plutôt bien.
| "Aux Etats-Unis c'est le producteur qui dirige" |
La différence réside aussi dans le budget et le savoir-faire : on fait
Les Rivières ici pour 14 millions de dollars alors qu'aux Etats-Unis il en coûterait 40 ou 50. En même temps
Les Rivières Pourpres est le premier film de ce genre en France, même si au niveau des techniciens et de la fabrication, on ne sait pas encore très bien faire ce genre de films. Aux Etats-Unis ils ont un savoir faire unique que l'on retrouve dans chaque grosse production. Si il y a un problème sur le tournage de
Gothika c'est le problème du producteur. S'il y en a un sur le tournage des
Rivières Pourpres, c'est le problème du réalisateur.
Qu'avez-vous pensé des Rivières Pourpres 2 ?J'ai beaucoup aimé. Je l'aime beaucoup par rapport au 1 : il y a une vraie continuité, c'est vraiment fait intelligemment. La vision d'Olivier (Dahan, ndlr) est super, c'est très beau visuellement. L'histoire est dans l'esprit du premier. On pourrait presque les coller côte à côte, il y a un truc qui fonctionne bien entre les deux. Ce n'était pas une suite facile, et qui a plus d'ambitions que le 2. Généralement on essaye de faire le 2 pour plus cher et on arrive à un résultat moins bien, ce qui n'est pas le cas ici. J'espère qu'ils vont faire le 3 de Florent Emilio-Siri. J'aimerais bien avoir une bonne trilogie.
Et si ils continuaient la série, ça vous intéresserait ?On m'a déjà proposé le 2. Mais ça ne m'intéresse pas de faire une suite, de reprendre les même personnages. Si je l'avait fait ce ne serait que pour l'argent, ou parce que j'ai pas été content du premier. Ce n'est pas le cas.