1. >
  2. >
  3. >
  4. >Interview : Michael Arias (amer Beton) [page 1]

Interview : Michael Arias (amer Beton) [page 1]

Par Caroline Leroy - publié le 16 janvier 2008 à 00h04 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h36 - 0 commentaire(s)
Au cours du mois de février dernier, nous avons eu la chance de rencontrer Michael Arias, le réalisateur américain du splendide film d'animation japonais Amer Béton, que l'on peut découvrir dans les salles françaises depuis le mercredi le 2 mai. C'est avec une extrême gentillesse qu'il a accepté de revenir en détail sur la genèse et le contenu de son premier film.

Quand avez-vous lu le manga Amer Beton de Taiyo Matsumoto pour la première fois, et quelle a été votre impression ?
C'était il y a environ onze ans. Après avoir vécu trois ans au Japon, je suis finalement retourné aux Etats-Unis. Mais au bout de deux ans, l'un de mes amis a été frappé par une terrible tragédie familiale. Je suis donc reparti à Tokyo afin de l'aider à surmonter cette épreuve. Comme nous étions tous les deux sans emploi, nous passions mon temps à fumer des cigarettes sur son balcon, au septième étage, tout en observant les immenses chantiers de démolition situés de l'autre côté de la rue. Nous sommes restés près de quatre mois ainsi. Mon ami possédait une importante collection de mangas et j'ai fini par lui demander de m'en recommander quelques-uns. Il m'en a aussitôt tendu un et il a ajouté qu'il me ferait pleurer. En découvrant la première image, qui montre les deux garçons en train de contempler la ville, juchés sur un poteau téléphonique, j'ai eu comme un choc : c'était nous ! Vers la fin du manga, lorsque c'est au tour des yakuzas de se retrouver au sommet d'un immeuble à discuter des changements inéluctables que subit la ville, j'ai de nouveau ressenti cette impression. L'ambiance qui régnait à l'époque à Tokyo était très étrange. Les attaques au gaz empoisonné avaient eu lieu dans un voisinage proche du nôtre et nous voyions trois hélicoptères patrouiller en permanence au-dessus de nous. C'était aussi l'époque du tremblement de terre de Kobe. Tout cela mis bout à bout, j'avais le sentiment que le sol était en train de disparaître devant nous. J'aime la façon dont l'histoire d'Amer Béton questionne notre vision de l'avenir, nos convictions et ce qui compte réellement à nos yeux. Ces thématiques m'ont semblé très ancrées dans la réalité.


Pourquoi le projet a-t-il été si long à se monter ?
A l'origine, je n'avais pas l'intention de faire un film à partir de ce manga. Je faisais des essais avec le logiciel d'animation que j'étais en train de créer et j'avais réalisé une petite démo. Je l'ai montrée à quelques personnes, parmi lesquelles se trouvait Taiyo Matsumoto. Je pensais la produire et en superviser les effets digitaux. J'ai demandé à Koji Morimoto, qui est un ami mais aussi un réalisateur d'animation exceptionnel, de diriger ce projet et de voir ce qu'il pourrait faire avec les effets spéciaux. Nous avons travaillé dessus pendant deux ans environ, pour aboutir à un pilote d'une durée de cinq minutes. C'est à ce moment-là seulement que nous avons évoqué la possibilité d'un long métrage. Malheureusement, nous ne sommes pas parvenus à réunir l'argent nécessaire, du fait de l'instabilité financière de la société de production. Par la suite, nous nous sommes lancés dans Animatrix qui nous a mobilisés pendant trois ans. Morimoto avait d'autres projets en tête et s'est peu à peu désintéressé d'Amer Béton. De mon côté, je m'étais mis à écrire le scénario avec mon ami Anthony (Weintraub). Nous étions de plus en plus impliqués. Quand Animatrix s'est finalement achevé, Morimoto travaillait déjà sur autre chose. Mais il s'était aperçu que j'étais complètement obsédé par Amer Béton et il a fini par me convaincre de le réaliser moi-même. Ma co-productrice sur Animatrix, Eiko (Tanaka), m'a encouragé dans cette voie en me proposant les services de son studio d'animation. Ma famille s'y est mise aussi. Je n'avais jamais vraiment souhaité devenir réalisateur. J'avais collaboré avec plusieurs grands réalisateurs, et il me semblait qu'il s'agissait d'un travail très pénible. Au bout du compte, entre le début et la fin de la production d'Amer Béton, il s'est écoulé presque quatre ans !



Vos réactions


logAudience