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Interview : Michael Arias (amer Beton) [page 3]

Par Caroline Leroy - publié le 16 janvier 2008 à 00h04 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h36 - 0 commentaire(s)
Le film dégage l'idée très forte d'un monde en proie au déséquilibre. A ce sujet, il est frappant de constater qu'il n'y a quasiment aucune femme dans cette histoire.
Dans le manga de Taiyo Matsumoto, il n'y pas de personnage féminin, ou presque. Tout juste aperçoit-on quelques dames âgées.

La fiancée de Kimura exprime d'ailleurs le vœu que son futur enfant ne soit pas un garçon. Cela a-t-il un rapport avec le déclin de la ville ?
J'avoue que je n'ai jamais envisagé les choses de cette façon. Je sais pour quelles raisons Matsumoto ne dessine jamais de personnages féminins, du moins parmi les personnages principaux. Tout d'abord, il aime parler d'amitié pure, idéalisée, de relations fraternelles. Une autre raison est qu'il ne sait tout simplement pas dessiner les femmes. Mais la fiancée de Kimura est un personnage très important, ne serait-ce que parce qu'elle prononce cette réplique que vous évoquez. Une réplique presque shakespearienne, dont la portée est très profonde. A présent que j'y pense, j'ai toujours perçu Blanc comme l'incarnation de la "part féminine" de l'univers : la dimension yin, maternelle, créatrice. A l'opposé, le Minotaure représente la part destructrice.


A propos du casting, vous avez au générique plusieurs acteurs japonais connus : Yusuke Iseya, Min Tanaka, Nao Omori… Comment les avez-vous choisis ?
Je voulais que le casting principal ne soit composé que de novices en matière de doublage, et non de professionnels. Pour tout dire, j'ai même failli recruter deux gamins dans la rue pour leur faire répéter quelques répliques chaque soir, mais je n'en ai pas eu le temps. J'ai donc décidé d'engager des comédiens de cinéma. Les doubleurs d'animation ont une approche très spécifique, ils font en sorte que leur voix soit proche du personnage, que leurs répliques concordent avec les mouvements des lèvres. Cela limite leur champ de compétence : à moins que l'on ait affaire à un comédien exceptionnel, leurs voix donnent l'impression d'être interchangeables d'une série à l'autre. J'ai pensé que si l'on réunissait des gens dont c'est la première incursion dans le domaine, on obtiendrait une énergie étrange, à la fois nerveuse et spontanée. J'ai choisi Kazunari Ninomiya, qui joue Noir, et Yu Aoi, qui joue Blanc, en écoutant une multitude d'enregistrements de jeunes acteurs. Quand j'ai commencé à travailler sur Amer Béton, c'étaient de parfaits inconnus. Ils sont devenus des stars peu de temps après. Je me suis aperçu que j'avais déjà vu Yu Aoi sans le savoir dans un très beau film de Shunji Iwai, Hana and Alice. Ninomiya, quant à lui, était fou du manga de Taiyo Matsumoto, il l'emmenait partout avec lui depuis qu'il avait treize ans. En ce qui concerne les autres, j'adorais la manière de danser de Min Tanaka mais je ne savais pas qu'il était acteur de cinéma, jusqu'à ce que je voie Le Samouraï du Crépuscule de Yôji Yamada. Son personnage y est très proche de celui qu'il interprète dans Amer Béton, Suzuki : un homme peu recommandable qui a beaucoup vécu mais qui veut recommencer à zéro. J'avais remarqué Yusuke Iseya dans le film Honey & Clover, qui est adapté d'un manga et qui est l'œuvre du distributeur de mon film. Enfin, Nao Omori jouait dans une série télévisée avec Yu Aoi et se trouvait être lui aussi un fan du manga. Comme vous le voyez, tout s'est fait par le jeu des rencontres.


Le film a beau comporter plusieurs scènes de violence, ce n'est pas cet aspect qui reste en tête, mais davantage le message qu'il transmet ainsi que la poésie qui en émane.
Le film possède effectivement différents niveaux de lecture. Quand j'ai commencé à travailler dessus, j'étais célibataire. Aujourd'hui, j'ai une famille, deux petits garçons, comme Noir et Blanc, et cette histoire résonne en moi très différemment. L'une de ses grandes qualités tient dans le fait qu'elle pose davantage de questions qu'elle ne donne de réponses. Et à mesure que vous changez, elle semble évoluer au même rythme. J'espère que le film aura ce même pouvoir.

Quels sont vos prochains projets ?
J'ai envie de tourner un film live. Amer Béton a nécessité quatre années de production, ce qui est très lourd. Il est très difficile de rester en permanence dans le même état d'esprit sur une période aussi conséquente. Je voudrais tenter autre chose, de préférence un film simple, sans effets spéciaux.

Propos recueillis par Caroline Leroy


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